L'idée au sens cartésien, la représentation, serait
une copie des choses, qui nous les ferait connaître. Or, dit M. Brunschvicg [Introduction à la vie de l’esprit, p.
48, Paris, 1920.], sans se douter qu'il traduit à peu près une phrase de saint
Bonaventure : « Pour être autorisé à
parler de copie et de modèle, il faut avoir vu l'original d'une part et le
portrait de l'autre. »
L'argument n'est pas nouveau ; il est sans réplique.
Les essais divers tentés pour lui échapper le prouvent. Si le premier contact
se fait par une représentation, distincte de l'acte de connaître, rien ne
permet de passer de la connaissance à ce qui est connu, d'affirmer qu'il y ait
autre chose que représentation. Descartes n'avait pas vu qu'il fermait la
pensée sur elle-même. Les idéalistes l'ont compris et s'efforcent d'établir que
nous connaissons uniquement par représentation. »
« Quand un dormeur est tiré d'un profond sommeil par
un bruit, et avant que ce bruit ne soit localisé ni reconnu pour
appartenir à telle ou telle espèce, avant que la conscience du dormeur s'oppose
au bruit, c'est-à-dire que le moi se distingue du monde, quand tout le donné se
réduit encore au bruit perçu, cette perception n'en est pas moins déjà
affirmation de l'existence et de la qualité du bruit, assertion et définition
intrinsèque d'une réalité, c'est-à-dire un unique concept sensible. » [A.
Spaier, Quelques aspects de l’idéalisme,
dans Revue des Cours et Conférences,
32e année (1930-31), p. 25.]
Au moment où tout le donné se réduit au bruit perçu,
il y a bien une certaine affirmation de l'existence et de la qualité du bruit.
Mais, à moins qu'on se l'accorde a priori,
nulle définition intrinsèque, aucun concept sensible. Une présence est
simplement donnée ; une existence affirmée en même temps que celle du dormeur.
C'est l'évidence immédiate avant toute réflexion.
Depuis Descartes, on cherche à démontrer cette
évidence. Lee uns, comme Descartes lui-même, Maine de Biran ou Cousin, par la
conscience que nous aurions de l'influence des choses. Les autres, qui
dépendent de Kant, par l'analyse des conditions internes du connaître.
Sans plus de succès. Mettre en question ce qui est
immédiatement évident, condamne à ne pouvoir rétablir l'évidence. Au cours de
la démonstration, il faudra bien venir à quelque fait ou raison dont toute la
force soit en son évidence immédiate. Pourquoi ne serait-il pas mis en question
? Les idéalistes sont plus logiques. Refusant cette première évidence, car
l'attitude idéaliste est essentiellement d'abord un refus, ils concluent et
n'hésitent pas à demander avec M. H. Delacroix : « Sans la connaissance que nous en avons, sans la conscience, y aurait-il
des choses ? »
D'ailleurs, que l’on s'inspire de Descartes ou de
Kant, le problème est insoluble. L'analyse des conditions internes de la
connaissance peut suggérer des distinctions, elle n'explique pas la présence
en nous dans une opposition primitive immédiate et simultanée, des idées
d'intérieur et d'extérieur. Quant à la conscience de subir une influence,
elle n'est pas immédiate mais réfléchie, parfois illusoire, en tout cas suppose
l'idée d'une présence. Nous n'avons pas conscience immédiate de subir une
influence lorsque nous sommes pour la première fois en contact avec un objet,
mais de connaître une présence. Tout est là. Dès le principe, une opposition
manifestée, une distinction imposée entre cette présence et le sujet à qui elle
est présente. Opposition et distinction d'abord implicites, commandent le développement
de la réflexion et la formation des concepts de sujet et d'objet. Elles sont ce
que le philosophe doit d'abord chercher à expliquer.
Cependant nous nous trompons, remarquent les
idéalistes, et nous croyons souvent connaître une présence où il n'y a rien.
Quel dormeur n'a été réveillé par un bruit imaginaire ? Mais distinction et
opposition ne sont pas expliqués pour autant. L'erreur elle-même les implique.
Le dormeur qu'éveille un bruit imaginaire dira qu'il s'est trompé sur la
réalité du bruit, non pas sur la distinction de bruit imaginaire et de bruit
réel, moins encore sur l'opposition de soi au bruit réel ou à sa cause. Les
progrès des sciences étendent la liste de nos erreurs ; ils ne réduisent pas
l'opposition des données primitives de l'expérience.
La réduction idéaliste de l'étendue à la pensée le
montre à son tour. Descartes distingua étendue et pensée comme seuls éléments
du réel. C'était « le revers du
cogito destiné à fonder une explication
de la nature totalement indépendante de toute considération psychologique ».
Mais on ne peut affirmer, sans se l'accorder en dehors de toute expérience, que
« la substance propre (de cette
distinction) consiste dans l'assertion d'un contenu de pensée déterminé ».
Reste en effet à expliquer ce contenu et la possibilité, d'opposer étendue et
pensée, comme tout à l'heure présence et sujet à qui elle est présente. Ce
n'est pas le fruit d'un raisonnement. Conclure une chose d'une autre exige que
celle-là soit déjà connue de quelque façon. Je ne raisonne sinon de mes idées.
Pour situer au dehors la cause d'une représentation, il faut savoir qu'il y a
un au-dehors. Je ne puis donc prétendre former l'extérieur avec de l'intérieur,
l'étendue avec de la pensée, si je ne suppose déjà quelque idée d'extérieur et
d'étendue.
Ainsi l'expérience et la raison se dressent contre la
première exigence idéaliste. Dès l'origine, une présence se manifeste, dans une
opposition implicite mais immédiate et simultanée, par là, irréductible au
sujet connaissant.
Êludera-t-on l'infranchissable obstacle en invoquant
le principe de contradiction ? D'après une seconde instance idéaliste, un
au-delà de la pensée serait impensable, inclurait contradiction parce qu'à la
fois il serait et ne serait pas pensé. L'objet ne peut être pensé et non pensé
sous le même rapport. Mais nous ne lui reconnaissons point l'existence
précisément parce qu'il n'est pas pensé. L'idéalisme l'affirme. C'est
méconnaître l'opposition entre intérieur et extérieur. Elle ne résulte pas
d'une réflexion sur ce qui est pensé pour le représenter comme n'étant pas
pensé. Extérieur est immédiatement corrélatif d'intérieur sans en être la
contradictoire. Extérieur n'est pas même le contraire d'intérieur, comme noir
de blanc. Extérieur et intérieur sont opposés et complémentaires comme l’onde
associée et le corpuscule en toute émission d'énergie. L'un avec l'autre
constituent le réel, et l'un est inséparable de l'autre dans l'explication du
réel.
L'idéalisme ne fait donc pas appel au principe de
contradiction. Un autre obstacle l'arrête, qui serait infranchissable : le
dormeur ne pourrait recevoir l'impression du bruit si la cause du bruit était
extérieure. « Une coïncidence entre
pensée et réalité est un véritable monstre épistémologique. » [Bachelard, Essai sur la connaissance approchée, p.
43,] « Pour l'esprit, entre les états
internes qui seuls sont donnés, et les choses externes qui n'ont d'existence
que parce qu'elles ne sont pas données, il n'y a aucune comparaison possible,
aucun rapport concevable. » [Brunschvicg, Introduction à la vie de l’esprit,
p. 48] Les choses externes n'ont d'existence que parce qu'elles ne sont pas
données ? Toute la question est là. Les états internes seuls sont donnés ? Les
mots d'interne et d'externe perdent bien alors leur opposition mais aussi leur
signification. Corpuscule et onde associé n'expliquent l'émission d'énergie que
dans la mesure où ils s'opposent pour se compléter. La construction idéaliste
n'a plus de sens dès qu'elle supprime l'un des termes.
Les idéalistes ont vu la difficulté, mais
ne renoncent pas à réduire l'irrationnel au rationnel, c'est-à-dire ce qui est
extra-rationnel ou transrationnel pour la raison humaine, à la raison humaine.
De fait, rien ne peut être pensé qui ne trouve dans la pensée un point d'appui,
ou encore, d'accrochage. Rien de ce qui lui est donné à l'origine ne lui est
donc totalement étranger, et au terme, son vœu, son besoin est que tout se
résolve en une pensée, que le réel soit « sans
irrationalité foncière » [A. Spaier]. L'idéalisme reprend donc sous des
formes variées la comparaison célèbre : « S'il
est vrai que l'intelligence privée de la sensibilité serait comme un moulin
sans grain, la sensibilité elle-même ne saisirait rien sans les meules de
l'intelligence. »
II y aurait beaucoup à dire sur cette comparaison.
Elle suppose que « les deux fonctions
n'ont pas plus d'activité que de matériaux distincts ». Pourquoi donner
alors plus d'importance à l'une qu'à l'autre ? Ce serait matérialisme ? Qu'à
cela ne tienne.
L'idéalisme ne s'y résout pas ordinairement, bien
qu'il y soit amené de gré ou de force par la logique des idées. Il cherche
plutôt l'unification totale du réel et de la pensée dans une raison transcendante,
l'Esprit, qui se retrouve en tout, construit tout. Distinguer l’en-soi et
l'en-nous, l'étendue et la pensée, redevient légitime, n'introduit pas
l'irrationalité foncière. Selon les uns, le moi conscient reçoit les attributs
du transcendant : il faut « reprendre en
nous, pour nous, sur notre propre esprit la tâche du Créateur » [Bachelard,
L’intuition de l’instant]. Le moi se
pose et tout dépend de cette « thèse » initiale. Selon les autres, tout n'est
au fond que substance rationnelle, transcendante, impersonnelle et même
inconsciente. Après avoir essayé de tout réduire à notre raison pour
l'affranchir, l'idéalisme est ainsi contraint de passer à la limite. Il cherche
en nous-même la source transcendante et inconsciente de ce qui paraît
irrationnel, à moins qu'il ne place l'irrationalité où elle a le moins de
chance d'exister : dans un transcendant, revêtu d'inconscience et
d'impersonnalité.
Au lieu d'être affranchie, la raison ne court-elle pas
au désespoir ou au nirvana ? Et dans quelle erreur de concept, dans quelle
illusion de la conscience trouver supposition aussi gratuite que celle de la
transcendance du moi humain, fût-elle inconsciente et en voie de réalisation ?
Supposition aussi peu cohérente que celle d'une transcendance impersonnelle et
inconsciente qui expliquerait la conscience et la personnalité ? Ces
contradictions internes ruinent la raison jusqu'au fond.
Cependant tout peut être sauvegardé et
notre besoin de rationalité totale satisfait. Il suffit de céder au
mouvement naturel de l'esprit qui nous élève vers une réalité transcendante,
personnelle et consciente. Une raison transcendante n'aura
plus à construire inconsciemment les meules conscientes de l'intelligence et à
leur fournir le grain de la sensibilité pour qu'elles le transforment en la
farine de nos concepts. Une raison contingente n'aura plus à s'affubler
d'attributs que l'expérience lui refuse trop cruellement. Une Intelligence
transcendante, personnelle et consciente, pense tout le réel, le crée, assure
ainsi son entière rationalité et maintient l'ordre de nos certitudes. Ce bel
ordre éclate dans la théorie bonaventurienne. »
-R. P. Jean de Dieu, « Les exigences idéalistes
et la théorie bonaventurienne de la certitude », Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, T. 132, No. 1/3
(JANV.-MARS. 1942-43), pp. 49-80, pp.53-60.
***
Il y a deux sources du spiritualisme, de la pensée magique, religieuse, etc.
D’un côté, un déficit
d’appréhension du degré d’organisation du monde (ignorance des lois
scientifiques), conduit à l’inquiétude face à un environnement
incompréhensible, capricieux, etc. Les croyances magiques (totémisme, animisme,
sorcellerie, prière, etc.) apparaissent alors comme une compensation et un moyen mystifié
de maîtriser ce chaos apparent.
Mais il existe, de manière plus vicieuse et moins
remarquée, un spiritualisme s’originant dans une sur-interprétation rationaliste du monde ! Croire que le monde
est plus ordonné qu’il ne l’est
véritablement, vouloir que rien
n’arrive par hasard (un schème typique de la pensée complotiste, par
ailleurs), que tout a une raison d’être ;
que l’univers est harmonieusement ordonné, rationnel, « bien fait »,
etc. est une croyance anthropomorphique et une rationalisation qui conduit
naturellement à chercher, comme Platon, les stoïciens ou Cicéron, un
« créateur », une intelligence responsable dudit ordre que le sujet plaque sur l’objectivité… (cf les analyses
matérialistes de Sussan Griffin, Félix Le Dantec ou de Marcel Conche. Hume,
avec sa critique du postulat de
permanence des lois naturelles, pourrait être un précurseur de ce dévoilement du rationalisme comme en
puissance religieux).
On peut aussi objecter, sur un mode sceptique ou kantien (ou poppérien), que l’affirmation d’un monde qui nous apparaîtrait intégralement rationnel en nous plaçant d’un point de vue qui n’est pas vérifiable n’est pas une affirmation susceptible d’une quelconque vérification. C’est donc une croyance arbitraire, dont on notera, de manière édifiante, qu’elle est commune au déterminisme matérialiste d’Holbach et au rationalisme spiritualiste de Plotin (deux doctrines n’ayant rien à voir par ailleurs) :
« Cette belle ordonnance du Monde est de
l'ordre de l'Esprit : elle se réalise sans réflexion rationnelle, mais de telle
manière aussi que, si quelqu'un pouvait user avec perfection de la
réflexion rationnelle, il serait stupéfait de voir que tout a été
disposé de telle manière que cette réflexion n'aurait pu trouver comment faire
autrement. » (Plotin, Ennéades, III, 2,14, 1).
Poussé à son terme, le refus d’admettre la moindre part de non-sensé doit entraîner aussi
bien un déterminisme (physique) qu’un créationnisme (métaphysique) et un
finalisme (car la raison, c’est à la fois le « pourquoi » antécédant,
mais aussi le « pourquoi » final, la cause finale). En combinant
déterminisme, créationnisme et finalisme, Leibniz apparaît comme le modèle du
rationalisme (occidental).
C’est pourquoi Clément Rosset a pu dire du matérialisme déterministe du 18ème siècle que, loin de renverser radicalement la théologie, il en conservait le fond rationaliste (les causes naturelles prennent la place de Dieu, mais pour faire la même chose, à savoir éliminer le hasard, l’inexplicable –ou, comme dirait un autre nietzschéen de l’époque –Deleuze- l’événement).
« L'idée de causes surnaturelles n'est
possible qu'à partir de l'idée de "causes naturelles", qui autorise à
interpréter tout phénomène comme le "résultat" d'un principe ou d'une
série de principes : l'explication naturaliste des phénomènes apparaît dès lors
comme le modèle idéologique dont s'inspirent toutes les explications y compris
les explications religieuses. »
(Clément Rosset, L'Anti-nature. Éléments pour une philosophie tragique,
PUF, 2015 (1973 pour la première édition).).
Si la religion est irrationaliste
comparée à la science de la nature (à cause de la croyance aux
miracles), il faut au contraire, philosophiquement, la caractériser
comme une sur-interprétation rationaliste du monde. Quel piège
subtil !
Par « rationalisme », il faut comprendre un devenir-délirant de la rationalité.
Rien n’arrive par hasard, donc cela doit avoir un sens
que si quelqu’un ait été tué par la chute d’une tuile précisément un 22 février… Thème stoïcien puis chrétien de la
providence.
Ainsi commence l’occultisme.
Ainsi l’Homme s’aliène en se mettant en quête d’un
sens qui n’est pas à l’œuvre dans les choses, mais provient de son rapport
hallucinatoire aux choses.
Le rationalisme est un désir de causes,
un désir porté à l’illimitation. Le rationaliste veut
que le réel soit intégralement rationnel. Il faut alors une cause
au monde : et voici Dieu. Il faut alors une raison au mal : et
voici une providence divine qui justifie tout ! …
***
« Il y a quelques nuits, alors que je suivais les
dernières nouvelles sur les incendies de Los Angeles, je suis tombé sur une
image satellite de cette tragédie. J’ai pu constater l’immensité du brasier :
pas de gros plans, pas seulement ici et là une maison ou une voiture en feu,
mais l’ampleur même de cette catastrophe. On aurait dit qu’un monstre venait de
mordre un morceau de l’Amérique. Cela m’a fait monter les larmes aux yeux.
J’ai pris conscience qu’une grande partie de la
culture américaine était en train d’être détruite. Une grande partie de ce qui
brûlait était emblématique de notre civilisation : l’industrie
cinématographique, Sunset Boulevard, les propriétés de Zane Grey et de Will
Rogers, sans parler des milliers de maisons anonymes et de décors que nous
avons tous intégrés à travers les films et les séries télévisées – le glamour
des années 1920, les maisons en stuc aux tuiles espagnoles, les palmiers qui se
balancent, les surfeurs sur la plage. Los Angeles est un élément majeur de
l’identité américaine. C’est là que les rêves venaient s’épanouir ou mourir.
Remarquez l’emploi du passé. Je prie pour que ce ne soit pas fini.
Je soutiens depuis longtemps que Jésus-Christ, en tant
que deuxième personne de la Trinité, dirige le cours de l’histoire. J’entends
déjà les sceptiques s’écrier : « Quel genre de Dieu laisserait une telle chose
se produire ?!?! » Je vais vous le dire : un Dieu juste, un Dieu qui s’occupe
de nous individuellement et collectivement. Un Dieu qui exige la justice. Un
Dieu qui veut que la Californie survive, qu’elle redevienne un lieu de vie sûr,
équitable et prospère.
La Californie, et Los Angeles en particulier, est
depuis des décennies l’épicentre d’une grande partie de ce qui ne va pas
culturellement dans notre société. À l’heure actuelle, le point de convergence
est P. Diddy et les horreurs qui entourent son comportement et celui de ses
amis, mais lui et les siens ont été précédés par Weinstein et Cosby — des
comportements qui auraient été tout à fait à leur place à Sodome et Gomorrhe ou
dans le harem d’un cheikh. Pourquoi un Dieu juste tolérerait-il davantage la
débauche américaine que les abominations de l’ancien Moyen-Orient ?
Non seulement bon nombre de grandes figures
d’Hollywood se sont rendues coupables de pratiques choquantes dans leur vie
privée, mais Hollywood a également encouragé toutes sortes d’immoralité
sexuelle, et ce depuis des décennies. Vous souvenez-vous de l’époque où Le
Lauréat (1967) faisait scandale ? Passez ensuite à Brokeback Mountain
(2005), puis, l’année dernière, à un film intitulé Queer. Les sociétés
qui acceptent et applaudissent les déviations sexuelles et l’immoralité en
général en subissent les conséquences.
Le panorama des incendies de Los Angeles m’a rappelé
le célèbre sermon de Jonathan Edwards, « Les pécheurs entre les mains d’un Dieu
courroucé » (1741). Ce que j’ai vu sur cette photo, c’était bel et bien un Dieu
courroucé. De nos jours, les églises ne prêchent plus souvent sur la justice de
Dieu — Son amour, oui ; Sa grâce, bien sûr ; Sa bienveillance, naturellement.
Mais Sa justice sans compromis ? Rarement. Et pourtant, elle est bien là — si
intransigeante que Son Fils unique est venu payer la dette du péché que nous
avons tous contractée.
Je perçois donc encore l’horreur des sceptiques. Oui.
Des milliers de personnes honnêtes ont été emportées par cette catastrophe — en
quoi est-ce juste ? Nous devons nous rappeler que Dieu s’adresse également à
chacun d’entre nous individuellement, et qu’en tant qu’individus, nous sommes
affectés différemment par les circonstances. Beaucoup trouveront une
bénédiction inattendue et stupéfiante au milieu de toute cette souffrance. Je
pense à Daniel et à ses trois amis qui ont été emportés par la déportation des
Juifs vers Babylone en 597 av. J.-C. Une expérience extrêmement effroyable,
mais pour le reste de leur vie (à l’exception de deux épisodes de courte durée
: la fournaise ardente et la fosse aux lions), ils ont été incroyablement
bénis, occupant des postes de pouvoir au sein du gouvernement babylonien sous
deux rois différents. Beaucoup verront dans ce feu le catalyseur d’un
changement positif dans leur vie — un changement dont ils ne se rendront
peut-être pas compte tout de suite, mais dont ils saisiront finalement toute
l’ampleur. D’autres rencontreront des personnes qui s’avéreront être de
véritables bénédictions angéliques. Beaucoup reviendront vers le Dieu qui
retient désormais toute leur attention. »
[Glose 1 : ce qui peut être tentateur avec le
rationalisme, c’est son optimisme absolu. Le monde est tel qu’il doit
être. Le mal n’est qu’apparent. Le rationalisme n’est pas seulement un
emballement de la mentalité scientifique, qui investigue les causes ;
c’est un formidable déni de réalité (la réalité du mal). Il y a dans cette folie
une certaine forme de défense psychologique contre les démentis de
l’existence…
Un certain aspect remarquable du délire est que
la volonté divine est invoquée pour certains malheurs spectaculaires et
collectifs, mais pas pour des vexations quotidiennes de l’existence. Pourtant,
si TOUT A UNE RAISON, alors Dieu a aussi bien brûlé Los Angeles dans un certain
dessein qu’il ne m’a fait perdre mes clés hier… Pourtant, arbitrairement,
seuls certains événements amènent à invoquer un message divin…]
« Mais tout cela n’atténue en rien la souffrance,
le deuil et le traumatisme causés par ces événements, ce qui nous amène à
aborder un autre aspect de la vision biblique du monde. Nous pouvons
reconnaître le caractère punitif de cette tragédie tout en continuant à
manifester notre amour envers nos concitoyens américains qui traversent la
période la plus difficile – et probablement la plus longue – de leur vie. Les
récits de bravoure et de bienveillance commencent tout juste à affluer : des
personnes qui ont sauvé leur propre maison en combattant seules les flammes ;
des gens qui distribuent de la nourriture et de l’eau ; Musk qui envoie des
bornes Wi-Fi et des stations de recharge de batteries afin que les
communications puissent être rétablies.
Bien sûr, rares sont ceux d’entre nous qui disposent
des ressources ou de la proximité nécessaires pour apporter une aide immédiate,
mais au fil du temps, je sais que nous verrons des Américains se mobiliser pour
apporter leur aide – comme nous l’avons vu avec les constructeurs de maisons
amish en Caroline du Nord. (Nous devons encore prier pour ces personnes
touchées par les ouragans.)
Ma propre petite vallée a subi une catastrophe
similaire il y a plusieurs années, lorsque des feux de forêt, attisés par des
vents inhabituels, ont ravagé plusieurs petites villes, détruisant 2 500
habitations. Et il ne s’agissait pas de demeures valant des millions de
dollars, mais plutôt de petites maisons en lotissement, de maisons
préfabriquées et de logements locatifs. Les personnes qui vivaient dans ces
logements n’avaient pas toujours les moyens de se trouver un abri, mais la
communauté – une communauté majoritairement chrétienne – s’est mobilisée et a
ouvert ses maisons et ses chambres d’hôtes aux personnes déplacées. Notre
hôpital local a aménagé un espace à proximité, qu’il a rempli de camping-cars
pour accueillir les employés de l’hôpital qui s’étaient retrouvés sans
domicile. Les choses se reconstruisent petit à petit. Les troncs d’arbres
calcinés se dressent toujours comme des sentinelles le long du ruisseau que
l’incendie a suivi, pour que nous n’oublions pas. Ce que je veux dire, c’est
que nous avons tous appris à quel point la vie est fragile, à quel point nous
devons prendre soin de nos semblables, et à quel point nos biens matériels
n’ont en réalité que peu d’importance.
Le moment est venu pour les chrétiens de tendre la
main à ceux qui ont particulièrement besoin d’amour et de bienveillance. Oui,
cela s’est peut-être produit parce que Dieu en a tout simplement assez. Cela
s’est peut-être produit à cause d’un manque de compétence de la part des
dirigeants. Cela s’est peut-être produit parce que c’est souvent le cas en
Californie. Probablement pour toutes ces raisons à la fois. Mais quelle que
soit la cause, les conséquences exigent nos prières (qui constituent l’action la
plus puissante que les chrétiens puissent accomplir), nos dons et notre
engagement physique lorsque cela est possible. J’ai été ravi de voir que
l’Oregon a envoyé 300 pompiers et plusieurs dizaines de camions de pompiers
pour apporter son aide.
Ce que je veux dire, c’est que rien n’arrive sans
raison —y compris cette catastrophe cyclonique— et ne restons pas sourds aux
messages qui nous sont envoyés. Prenons conscience que, si Los Angeles est
punie pour son immoralité, nous sommes également responsables. Nous avons
acheté des billets pour ces films, nous avons admiré ces célébrités avec
émerveillement. Nous avons accepté leurs opinions. Cela va nous affecter tous,
alors retroussons nos manches, agenouillons-nous pour implorer le pardon et
nous confesser, et faisons ce que nous pouvons pour nos frères et sœurs
américains. »
-Deana Chadwell, "In the Hands of an Angry God", American Thinker, 19 janvier 2025.
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