samedi 5 septembre 2026

Stupidités métaphysiques (1) : Rien de plus queer que l’angéologie !

« Nous regarderons ici tout d’abord la question de l’existence des anges, puis celle de leur sexe.

Les anges, donc, qui nous écoutent et sont prêts de nous, sont des êtres purement spirituels. Les diverses religions et cultures attestent de leur existence. Mais peut-on prouver cette existence par la raison humaine ? Certains diront que non, et que cela relèvent seulement de la foi. D’autres, comme saint Thomas d’Aquin et nous-mêmes, soutiendront que cela est possible. La preuve repose essentiellement sur l’argument de la complétude de l’univers des créatures.

De fait, Dieu ne fait rien à moitié. L’on sait que Dieu est purement spirituel. La complétude de l’univers demande qu’il y ait des créatures purement spirituels pour que la perfection propre de la spiritualité soit manifestée en elles. Bien sûr, Dieu a aussi créé des êtres spirituels qui ne sont pas purement spirituels mais composés de spiritualité et de matière : ce sont les hommes. Il y aurait quelque chose de déficient à se contenter de ces êtres spirituels-là, et à imaginer qu’elles soient les seuls de l’univers. On aurait un goût d’inachevé. Ce qui serait sorti des mains de Dieu ne serait pas adéquat à la perfection divine. C’est la preuve par la complétude dans l’ordre de l’existence. »

[Glose 1 : On soupçonne l’influence aristotélicienne : si tout ce qui n’était pas logiquement concevable n’avait pas d’existence réelle, alors la sphère de la pensée humaine déborderait ce qui existe objectivement. Il n’y aurait pas de correspondance parfaite entre les catégories de l’être et celle de l’esprit.

C’est le rasoir d’Ockham inversé ! Multiplions toutes les réalités sans nécessité explicative !

Le caractère délirant de cette proposition est assez facilement démontrable. On pourrait par exemple lui opposer l’argument démocritéen du manque de semblable.

L’avantage du matérialisme est ici flagrant. On peut constater facilement qu’il manque dans l’être un certain type de signe concevable dans l’esprit.

En revanche, le penseur thomiste ne peut pas prouver qu’il y a une complétude dans l’ordre de l’existence, parce que ça impliquerait d’indiquer pour chaque entité concevable son équivalent empirique. Tâche infinie et désespérée. Comment trouvera-t-il, par exemple, une figure géométrique myriagone ? Ou n’importe quelle entité fictive, par exemple le bouclier d’Achille ? Ou les sirènes, etc.

Il y a des êtres qui n’ont d’existence que comme êtres de fiction, et il n’y a aucune raison que les anges n’en fassent pas partie. L’attribution d’une existence réelle à la combinaison « humanoïde + ailes d’oiseau » (qui d’ailleurs n’est pas une fantaisie chrétienne mais d’abord païenne) ne marque que le déni religieux de la puissance créatrice de l’Homme (de l’imagination humaine).

Par ailleurs, l’idée que les attributs de Dieu doivent forcément se manifester de façon pure dans une créature exige d’introduire d’autres entités que les anges. Si on dit que la spiritualité de Dieu doit s’incarner parfaitement dans les anges pour manifester cet attribut, alors pourquoi pas une classe de créatures omniscientes, pour manifester la prescience infinie de Dieu ? La Bible n’en parle pas, mais la logique de l’argument exige de continuer à meubler l’univers de nouvelles entités supplémentaires…

L’inexistence de l’ordre angélique n’est pas sans avoir de fâcheuses conséquences pour les prétentions de la théologie (catholique) à la rationalité.]

« On peut aussi utiliser cet argument de la complétude dans l’ordre des opérations de la connaissance et de l’intelligence pour prouver l’existence des anges. Les créatures spirituelles se doivent de pouvoir entrer en relation avec Dieu dans son immensité avec leurs capacités de créatures. Elles doivent pouvoir saisir quelque chose de Dieu par leur intelligence : reconnaître Dieu comme Dieu. Bien sûr, cela reste une complétude relative, car il y aura toujours des choses de Dieu qui nous échapperont : il faut la grâce pour entrer dans certains mystères. Mais la complétude relative demande qu’une relation avec Dieu dans son immensité puisse être établie par l’usage naturel de nos facultés. Or, l’intelligence humaine est trop petite et trop inadéquate pour cela. Nous n’avons pas de concepts de Dieu en nous, et nous sommes incapables d’appréhender directement l’essence divine. Dieu est trop différent de nous pour que nous en saisissions directement quelque chose. Il nous faut donc un monde intermédiaire de créatures qui nous aide pour cela. Ce monde ne peut être que purement spirituel pour être adéquat à ce rôle de permettre aux êtres spirituels créés de percevoir quelque chose du divin.

Nous entrons en relation avec le monde des anges où nous goûtons quelque chose de ce qui dépasse le monde des hommes, et cela sert de porte d’entrée pour goûter quelque chose de Dieu, car ce monde des anges est en relation avec Dieu. Alors notre intelligence perçoit, dans la nuit certes mais réellement, les perfections du monde angélique et du monde divin. Nous arrivons à en saisir quelque chose et à en dire quelque chose, et cela a du sens.

Nous sommes en relation avec des anges, eux-mêmes en relation avec des anges de perfection de plus en plus grande, pour arriver finalement à être en mesure de saisir quelque chose de Dieu dans son immensité. C’est une nécessité de la complétude de l’univers pour que l’exercice de notre intelligence et de notre spiritualité puisse avoir lieu. »

[Glose 2 : L’auteur, d’accord avec Saint Thomas d’Aquin mais aussi avec Hobbes, pense, contrairement à Descartes, que nous n’avons pas d’idée de Dieu.

Dès lors, on pourrait se demander, comment savons-nous qu’il y a un dieu ?

L’auteur aurait pu dire :

1) : Les anges existent.

2) : Les anges connaissent Dieu.

3) : Nous entrevoyons Dieu par notre connaissance des anges.

Certes, ce n’est pas très biblique, puisque Moïse, notamment, voit Dieu sans la médiation d’un ange… Mais surtout, ce n’est pas un argument que l’auteur peut formuler, puisque 1) (l’existence des anges) est précisément la question disputée !

A la place de quoi, l’auteur pense en fait que :

1) Nous savons que Dieu existe.

2) : Nous ne pouvons pas le savoir par une idée innée (contrairement à ce que pense Descartes).

3) : DONC nous le savons indirectement, grâce à cette classe de créatures que sont les anges.

Cet argumentaire est manifestement ridicule. D’abord, il présuppose que nous savons que Dieu existe, ce qui n’a évidemment pas de sens pour un non-croyant…

Mais même si 1) était démontré, la conclusion ne s’ensuivrait pas. Pourquoi serait-ce forcément grâce aux anges que nous savons que Dieu existe, et pas pour une autre raison ? La conclusion n’a rien de nécessaire… Cette croyance aux anges est donc irrationnelle.

En fait, comme le disait Maïmonide des théologiens musulmans, nous avons affaire à une démarche qui n’est pas philosophique, mais qui relève d’une rationalisation a posteriori. Au lieu de se demander « qu’est-ce que le monde ? Les anges existent-ils ? », l’auteur cherche à définir la réalité de telle sorte qu’elle soit compatible avec sa foi. Ce qui est contraire à la philosophie car cela laisse place à un préjugé, à de l’inquestionnable, de l’incontestable.

Plutôt que d’essayer de penser à un monde fictif non-contradictoire avec une croyance arbitraire (la foi), le philosophe doit chercher à penser ce monde-ci. Le monde tel qu’il est, et non tel qu’on voudrait qu’il soit.]

« La preuve de l’existence des anges est à adosser à la preuve de l’existence de Dieu. Celle-ci repose sur l’argument de la nécessité de l’existence d’une Existence pure, source de toutes les existences. Elle sous-tend la considération de l’existence de Dieu que l’on invoque dans la preuve de l’existence des anges. Mais, il faut remarquer que la preuve de l’existence de Dieu demande aussi la preuve de l’existence des anges pour que l’usage que l’on fait de la notion d’Existence pure puisse avoir un sens. »

[Glose 3 : Comme dirait l’autre, si c’est vrai, c’est très grave… Car c’est CIRCULAIRE.

Si pour prouver que X existe, j’ai besoin de prouver que Y existe, mais que pour prouver que Y existe, je dois déjà pouvoir prouver que X existe, alors il est évident que je ne peux rien prouver du tout. C’est circulaire…]

« Je n’ai pas dans mon intelligence humaine de concept d’Existence pure. Sans la preuve de l’existence des anges, on pourrait se dire que l’on use dans la preuve de l’existence de Dieu de notions inadéquates pour l’intelligence humaine, et donc que la preuve est inintelligible.

Mais, par les anges, je sais que je peux arriver à une pensée sur l’Existence pure, qu’il peut y avoir une opération de mon intelligence pour y trouver une certaine intelligibilité sous le mode de l’analogie. L’analogie des choses divines, sans le monde des anges, c’est comme chercher à faire fonctionner une lampe sans l’avoir branchée : on a beau retourner un concept humain en tout sens et espérer qu’il en jaillira de l’intelligibilité sur quelque chose qui le dépasse, la lumière ne viendra pas. Notre intelligence ne pourra arriver à poser son opération d’élévation dans la négation des limites. On en restera toujours aux concepts humains, à une pensée dans les limites de ce qui est humain. »

[Glose 4 : Il devrait pourtant être manifeste que, si je ne peux pas penser un être parfait, infini, une cause incausée, et autre propriété inconcevable, alors ce n’est pas la contemplation (donné dans quelle expérience ? Qui a vu un ange ?) d’être qui MANIFESTENT ces propriétés divines qui risquent de nous permettre de comprendre de quoi on parle sous le nom de Dieu… Si X est inintelligible, alors X’ qui est un peu une copie de X n’a pas de raison d’être plus compréhensible…

Inversement, si l’analogie est une méthode explicative pertinente, alors c’est que mon esprit peut comprendre Dieu, et pas uniquement l’autre point de la comparaison (l’entité qui ressemble un peu à Dieu)… Mais si je peux comprendre Dieu sans avoir besoin d’un ange (Adam et Eve, dans le récit de la genèse, ne semble croiser un ange qu’une fois chassé du paradis), alors l’existence des anges n’est nullement nécessaire pour rendre possible une connaissance de Dieu, et l’argument précédent s’effondre…]

« Les anges donc doivent exister, sinon l’univers créé ne serait pas complet et Dieu ne serait pas Dieu. Alors, venons-en maintenant au sujet le plus intéressant pour le monde d’aujourd’hui : le sexe des anges.

En fait, la question a toujours été mal posée dans l’histoire, car l’on a fait un anthropomorphisme en imaginant les anges comme des individualités comme nous, et en cherchant à savoir si cette individualité était plutôt masculine ou féminine à notre image, ou si elle était d’un troisième sexe ou asexuée.

Pour avancer sur cette question, revenons à la relation qui s’établit entre nous et un ange, quand l’usage de nos facultés spirituelles de connaissance et d’intelligence nous porte vers le monde d’en-haut. C’est une relation d’un être spirituel inférieur à un être spirituel supérieur. Du point de vue du supérieur, il est en mesure d’avoir une relation qui va vers nous : le plus grand est capable du plus petit. Mais du point de vue de l’inférieur, nous sommes bien en peine d’avoir en nous, dans notre âme, une relation, un ancrage, pour remonter vers le monde des anges. C’est là qu’il faut voir que c’est tout notre être qui est relation vers un ange. Nous n’avons pas une relation en nous vers un ange, mais nous sommes une relation vers un ange. Pour que l’inférieur puisse permettre à nos facultés spirituelles de remonter vers le supérieur, il faut que tout l’inférieur serve de signe et de moyen pour cela. Chaque personne humaine est dans tout son être un signe et un moyen pour entrer en relation avec un ange particulier. Il s’agit là de son ange gardien. C’est le seul moyen pour permettre la relation au monde des anges, et donc à Dieu dans son immensité, par nos capacités de créatures.

Et ce qui est vrai dans la relation des hommes vers les anges gardiens est vrai des anges inférieurs vers les anges supérieurs, et aussi des anges les plus supérieurs vers Dieu : ils servent chacun de signe et de moyen pour établir une relation avec le supérieur. »

[Glose 4 : On reconnaît le thème médiéval -et, en amont, platonicien- de la « grande chaîne de l’être » -une ontologie « scalaire », où l’être est fait de strates hiérarchisées, comme les degrés d’une pyramide.]

« Puisque nous sommes chacun signe et moyen pour entrer en relation avec un ange, c’est qu’il doit y avoir une similitude entre chacun de nous et notre ange gardien. On pourrait en conclure alors que l’ange gardien d’un homme est plus masculin, et que l’ange gardien d’une femme est plus féminin. Et s’arrêter là.

Mais cela ne serait pas suffisant pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il faut rendre compte que la similitude entre l’homme ou la femme et son ange bien que très grande doit aussi comporter une dissemblance suffisamment grande pour que l’on puisse bien distinguer l’âme humaine de l’ange. Ensuite, parce que la vocation de l’homme et de la femme est d’entrer dans une relation conjugale avec une autre personne humaine pour fonder une famille. Or, si l’ange a une similitude avec nous, qu’en est-il de lui ? Enfin, comment la similitude s’établit-elle entre les anges inférieurs et les anges supérieurs, surtout si un ange supérieur est lié à plusieurs anges gardiens d’hommes et de femmes ?

Reprenons les choses autrement. La famille est la cellule fondamentale de la société des hommes. L’unité de base de notre société ne sont pas des individualités, mais des communautés de vie : nous vivons dans des foyers, nous sommes époux, épouses, enfants, frères, sœurs. Même la Nouvelle Alliance en Jésus-Christ ne fait pas disparaître cela, puisque nous formons alors une communauté de vie avec Jésus-Christ. Et quelqu’un qui resterait célibataire sans être consacré à Dieu aurait quand même un appel en lui à la conjugalité et à l’enfantement qui le placerait dans la société des hommes et devant Dieu dans une prise en considération de la notion de famille. Celle-ci façonne notre identité à tous.

Si chacun de nous est par tout son être un signe vers un ange gardien, la société des hommes est un signe vers la société des anges gardiens. Donc, d’une manière analogique, la famille est la cellule fondamentale de la société des anges. Or, les anges ne se mettent pas en famille : un être purement spirituel n’a pas à s’accomplir dans sa nature, il l’est dès l’origine. De plus, les anges ne sont pas créés les uns envers les autres dans des relations de famille : la perfection d’un être purement spirituel fait qu’il a sa propre unité vis-à-vis de tous les autres êtres spirituels. Donc, si ce n’est pas les anges entre eux qui forment des familles, c’est que chaque ange est une famille [!]. Sinon, ce que l’on constate dans le monde des hommes seraient en contradiction avec cette nécessité [sic] que le monde des hommes fasse signe vers le monde angélique. Nous sommes signes par tout ce que nous sommes vers nos anges gardiens.

Et le voilà, le sexe des anges : chaque ange est amour, union conjugale et jaillissement de vie, masculin-féminin-enfantin. Eurêka ! Chaque ange est famille et amour ; et non pas une individualité solitaire. Il n’y pas à masculiniser ou à féminiser les anges : ils sont, d’une manière suréminente par rapport à nous, union du masculin et de féminin dans une étreinte d’amour où se déploie la vie de l’enfantin. Une personne, un seul être, mais trois existences… Une personne, car l’unité d’une famille est telle qu’elle entre avec une seule parole dans la communauté des familles. Une parole, mais avec trois expressions : masculine, féminine et enfantine. Chacun : union conjugale et jaillissement de vie.

Cela préserve la nécessité que notre monde fasse signe vers le monde des anges ; et cela permet de voir la grande dissemblance qui existe entre ce monde et le nôtre. Le monde des anges ne peut être asexué, car le nôtre l’est en profondeur. Mais il l’est d’une manière suréminente, car chaque ange est pleinement masculin, féminin et enfantin dans un mystère d’amour. »

[Glose 5 : On voit le genre d’âneries qui découle du postulat -pas du tout une « nécessité »- qui consiste à croire que le monde terrestre est un miroir du monde céleste. Comme les anges sont des singularités pures et des créatures non engendrées (Dieu les crée directement), on pourrait croire qu’ils sont asexués. Mais comme en fait l’auteur postule que l’ici-bas est le reflet d’un au-delà, alors on va dire que les anges sont sexués de chaque manière possible, des sortes de transexuels finalement… Et on va aussi tordre le sens du mot « famille » pour appeler « famille » un individu totalement singulier… Pfff…]

-« Sagesse chrétienne », « Des anges, de leur existence et de leur sexe » , 23 mai 2021 :


Post-scriptum :

Au-delà du cas loufoque de la croyance aux anges, qu’est-ce que la critique de ce texte peut nous apprendre comme règles méthodologiques pour nous défier des prétentions à la connaissance des métaphysiciens ?

Enseignement n°1 : D’abord, il est inadmissible de poser des entités qui ne sont observés, ni nécessaire pour expliquer les phénomènes observés. La pensée rationnelle doit avoir un fondement empirique et ne pas violer le rasoir d’Occam. Elle ne doit pas introduire des principes théoriques gratuits, qui ne sont pas indispensables pour expliquer quelque chose (par exemple, dire que le monde est régi par un principe de « complétude de la création »…).

La philosophie première n’a pas le droit de contredire la pensée scientifique. Le métaphyisicien raisonnable ne peut aller « au-delà » du discours de la science qu’en dégageant ce qui rend le discours de la science possible, mais il ne peut pas s’affranchir de ses fondements empiriques et logiques -faute de quoi la spéculation devient fantasmagorique et arbitraire.

La métaphysique rationnelle doit partir de l’empirique, de l’intelligible régissant l’empiricité (ce que dégage la science), pour aller ultimement vers le principe (ou les principes). Autrement dit, son mouvement explicatif doit être ascendant (on part du simple et de l’immédiat pour aller vers l’inconnu, le complexe, l’originaire, le principiel, etc.). C’est ce que fait Platon dans Le Banquet. C’est ce que font Aristote, les épicuriens (qui partent de la sensation), etc.

Mais c’est ce que nous font pas les démarches métaphysiques « descendantes », qui partent d’une intuition de l’Absolu, du Tout, du principe, avant de le relier, par étapes, au mondain, à l’observable. Le modèle classique de ce rationalisme métaphysique, c’est la Somme Théologique de Thomas d’Aquin. Mais c’est le même mouvement « descendant » qui régie un système totalement différent quant au contenu, celui de l’Ethique de Spinoza. Et on peut sans doute faire le même reproche au système de Hegel. Les métaphysiques « descendantes » sont scandaleuses dans leur principe (indépendamment de tout affirmation sur ce qui existe). On n’a pas le droit, en philosophie, de partir de l’Absolu. Ce sont des systèmes qui présupposent sans le dire un intuitionnisme de départ, une mystique. Untel a eu révélation de l’absolu et c’est le point de départ de son discours. Le dogmatisme est inévitable avec une pareille méthode. On n’a plus affaire à une explication du monde par un dévoilement des causes (et des principes qui sont au bout des chaînes causales) ; on a affaire à la mise en discours d’une intuition, d’un sentiment de l’existence… Les poètes et les romanciers le font tout autant et beaucoup plus agréablement. Ce n’est pas philosophique.

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