Les anges, donc, qui nous
écoutent et sont prêts de nous, sont des êtres purement spirituels. Les
diverses religions et cultures attestent de leur existence. Mais peut-on
prouver cette existence par la raison humaine ? Certains diront que non, et que
cela relèvent seulement de la foi. D’autres, comme saint Thomas d’Aquin et
nous-mêmes, soutiendront que cela est possible. La preuve repose
essentiellement sur l’argument de la complétude de l’univers des créatures.
De fait, Dieu ne fait
rien à moitié. L’on sait que Dieu est purement spirituel. La complétude de
l’univers demande qu’il y ait des créatures purement spirituels pour que la
perfection propre de la spiritualité soit manifestée en elles. Bien sûr, Dieu a
aussi créé des êtres spirituels qui ne sont pas purement spirituels mais
composés de spiritualité et de matière : ce sont les hommes. Il y aurait
quelque chose de déficient à se contenter de ces êtres spirituels-là, et à
imaginer qu’elles soient les seuls de l’univers. On aurait un goût d’inachevé.
Ce qui serait sorti des mains de Dieu ne serait pas adéquat à la perfection
divine. C’est la preuve par la complétude dans l’ordre de l’existence. »
[Glose 1 : On
soupçonne l’influence aristotélicienne : si tout ce qui n’était pas
logiquement concevable n’avait pas d’existence réelle, alors la sphère de la
pensée humaine déborderait ce qui existe objectivement. Il n’y aurait pas de
correspondance parfaite entre les catégories de l’être et celle de l’esprit.
C’est le rasoir d’Ockham
inversé ! Multiplions toutes les réalités sans nécessité
explicative !
Le caractère délirant de cette proposition est assez facilement démontrable. On pourrait par exemple lui opposer l’argument démocritéen du manque de semblable.
L’avantage du
matérialisme est ici flagrant. On peut constater facilement qu’il manque dans
l’être un certain type de signe concevable dans l’esprit.
En revanche, le penseur thomiste ne peut pas prouver qu’il y a une complétude dans l’ordre de l’existence, parce que ça impliquerait d’indiquer pour chaque entité concevable son équivalent empirique. Tâche infinie et désespérée. Comment trouvera-t-il, par exemple, une figure géométrique myriagone ? Ou n’importe quelle entité fictive, par exemple le bouclier d’Achille ? Ou les sirènes, etc.
Il y a des êtres qui
n’ont d’existence que comme êtres de fiction,
et il n’y a aucune raison que les anges n’en fassent pas partie. L’attribution
d’une existence réelle à la combinaison « humanoïde + ailes
d’oiseau » (qui d’ailleurs n’est pas une fantaisie chrétienne mais d’abord
païenne) ne marque que le déni religieux de la puissance créatrice de
l’Homme (de l’imagination humaine).
Par ailleurs, l’idée que
les attributs de Dieu doivent forcément se manifester de façon pure dans une
créature exige d’introduire d’autres entités que les anges. Si on dit que la
spiritualité de Dieu doit s’incarner parfaitement dans les anges pour manifester
cet attribut, alors pourquoi pas une classe de créatures omniscientes, pour
manifester la prescience infinie de Dieu ? La Bible n’en parle pas, mais
la logique de l’argument exige de continuer à meubler l’univers de nouvelles
entités supplémentaires…
L’inexistence de l’ordre angélique n’est pas sans avoir de fâcheuses conséquences pour les prétentions de la théologie (catholique) à la rationalité.]
« On peut aussi utiliser cet argument de la complétude dans l’ordre des opérations de la connaissance et de l’intelligence pour prouver l’existence des anges. Les créatures spirituelles se doivent de pouvoir entrer en relation avec Dieu dans son immensité avec leurs capacités de créatures. Elles doivent pouvoir saisir quelque chose de Dieu par leur intelligence : reconnaître Dieu comme Dieu. Bien sûr, cela reste une complétude relative, car il y aura toujours des choses de Dieu qui nous échapperont : il faut la grâce pour entrer dans certains mystères. Mais la complétude relative demande qu’une relation avec Dieu dans son immensité puisse être établie par l’usage naturel de nos facultés. Or, l’intelligence humaine est trop petite et trop inadéquate pour cela. Nous n’avons pas de concepts de Dieu en nous, et nous sommes incapables d’appréhender directement l’essence divine. Dieu est trop différent de nous pour que nous en saisissions directement quelque chose. Il nous faut donc un monde intermédiaire de créatures qui nous aide pour cela. Ce monde ne peut être que purement spirituel pour être adéquat à ce rôle de permettre aux êtres spirituels créés de percevoir quelque chose du divin.
Nous entrons en relation
avec le monde des anges où nous goûtons quelque chose de ce qui dépasse le
monde des hommes, et cela sert de porte d’entrée pour goûter quelque chose de
Dieu, car ce monde des anges est en relation avec Dieu. Alors notre intelligence
perçoit, dans la nuit certes mais réellement, les perfections du monde
angélique et du monde divin. Nous arrivons à en saisir quelque chose et à en
dire quelque chose, et cela a du sens.
Nous sommes en relation
avec des anges, eux-mêmes en relation avec des anges de perfection de plus en
plus grande, pour arriver finalement à être en mesure de saisir quelque chose
de Dieu dans son immensité. C’est une nécessité de la complétude de l’univers pour
que l’exercice de notre intelligence et de notre spiritualité puisse avoir lieu. »
[Glose 2 : L’auteur,
d’accord avec Saint Thomas d’Aquin mais aussi avec Hobbes, pense, contrairement
à Descartes, que nous n’avons pas d’idée de Dieu.
Dès lors, on pourrait se
demander, comment savons-nous qu’il y a un dieu ?
L’auteur aurait pu
dire :
1) : Les anges
existent.
2) : Les anges
connaissent Dieu.
3) : Nous
entrevoyons Dieu par notre connaissance des anges.
Certes, ce n’est pas très
biblique, puisque Moïse, notamment, voit Dieu sans la médiation d’un ange… Mais
surtout, ce n’est pas un argument que l’auteur peut formuler, puisque 1)
(l’existence des anges) est précisément la question disputée !
A la place de quoi,
l’auteur pense en fait que :
1) Nous savons que Dieu
existe.
2) : Nous ne pouvons
pas le savoir par une idée innée (contrairement à ce que pense Descartes).
3) : DONC nous le
savons indirectement, grâce à cette classe de créatures que sont les anges.
Cet argumentaire est
manifestement ridicule. D’abord, il présuppose que nous savons que Dieu existe,
ce qui n’a évidemment pas de sens pour un non-croyant…
Mais même si 1) était
démontré, la conclusion ne s’ensuivrait pas. Pourquoi serait-ce forcément grâce
aux anges que nous savons que Dieu existe, et pas pour une autre raison ?
La conclusion n’a rien de nécessaire… Cette croyance aux anges est donc
irrationnelle.
En fait, comme le disait
Maïmonide des théologiens musulmans, nous avons affaire à une démarche qui n’est
pas philosophique, mais qui relève d’une rationalisation a posteriori. Au lieu
de se demander « qu’est-ce que le monde ? Les anges existent-ils ? »,
l’auteur cherche à définir la réalité de telle sorte qu’elle soit
compatible avec sa foi. Ce qui est contraire à la philosophie car cela
laisse place à un préjugé, à de l’inquestionnable, de l’incontestable.
Plutôt que d’essayer de
penser à un monde fictif non-contradictoire avec une croyance arbitraire (la
foi), le philosophe doit chercher à penser ce monde-ci. Le monde tel qu’il
est, et non tel qu’on voudrait qu’il soit.]
« La preuve de
l’existence des anges est à adosser à la preuve de l’existence de Dieu.
Celle-ci repose sur l’argument de la nécessité de l’existence d’une Existence
pure, source de toutes les existences. Elle sous-tend la considération de
l’existence de Dieu que l’on invoque dans la preuve de l’existence des anges.
Mais, il faut remarquer que la preuve de l’existence de Dieu demande aussi
la preuve de l’existence des anges pour que l’usage que l’on fait de la
notion d’Existence pure puisse avoir un sens. »
[Glose 3 : Comme
dirait l’autre, si c’est vrai, c’est très grave… Car c’est CIRCULAIRE.
Si pour prouver que X
existe, j’ai besoin de prouver que Y existe, mais que pour prouver que Y
existe, je dois déjà pouvoir prouver que X existe, alors il est évident que je
ne peux rien prouver du tout. C’est circulaire…]
« Je n’ai pas
dans mon intelligence humaine de concept d’Existence pure. Sans la preuve
de l’existence des anges, on pourrait se dire que l’on use dans la preuve de
l’existence de Dieu de notions inadéquates pour l’intelligence humaine, et donc
que la preuve est inintelligible.
Mais, par les anges, je
sais que je peux arriver à une pensée sur l’Existence pure, qu’il peut y avoir
une opération de mon intelligence pour y trouver une certaine intelligibilité
sous le mode de l’analogie. L’analogie des choses divines, sans le monde des
anges, c’est comme chercher à faire fonctionner une lampe sans l’avoir branchée
: on a beau retourner un concept humain en tout sens et espérer qu’il en
jaillira de l’intelligibilité sur quelque chose qui le dépasse, la lumière ne
viendra pas. Notre intelligence ne pourra arriver à poser son opération
d’élévation dans la négation des limites. On en restera toujours aux concepts
humains, à une pensée dans les limites de ce qui est humain. »
[Glose 4 : Il
devrait pourtant être manifeste que, si je ne peux pas penser un être parfait,
infini, une cause incausée, et autre propriété inconcevable, alors ce n’est pas
la contemplation (donné dans quelle expérience ? Qui a vu un ange ?)
d’être qui MANIFESTENT ces propriétés divines qui risquent de nous permettre de
comprendre de quoi on parle sous le nom de Dieu… Si X est inintelligible, alors
X’ qui est un peu une copie de X n’a pas de raison d’être plus compréhensible…
Inversement, si
l’analogie est une méthode explicative pertinente, alors c’est que mon esprit
peut comprendre Dieu, et pas uniquement l’autre point de la comparaison
(l’entité qui ressemble un peu à Dieu)… Mais si je peux comprendre Dieu sans
avoir besoin d’un ange (Adam et Eve, dans le récit de la genèse, ne semble
croiser un ange qu’une fois chassé du paradis), alors l’existence des anges
n’est nullement nécessaire pour rendre possible une connaissance de Dieu, et
l’argument précédent s’effondre…]
« Les anges donc
doivent exister, sinon l’univers créé ne serait pas complet et Dieu ne serait
pas Dieu. Alors, venons-en maintenant au sujet le plus intéressant pour le
monde d’aujourd’hui : le sexe des anges.
En fait, la question a
toujours été mal posée dans l’histoire, car l’on a fait un anthropomorphisme en
imaginant les anges comme des individualités comme nous, et en cherchant à
savoir si cette individualité était plutôt masculine ou féminine à notre image,
ou si elle était d’un troisième sexe ou asexuée.
Pour avancer sur cette
question, revenons à la relation qui s’établit entre nous et un ange, quand
l’usage de nos facultés spirituelles de connaissance et d’intelligence nous
porte vers le monde d’en-haut. C’est une relation d’un être spirituel inférieur
à un être spirituel supérieur. Du point de vue du supérieur, il est en mesure
d’avoir une relation qui va vers nous : le plus grand est capable du plus
petit. Mais du point de vue de l’inférieur, nous sommes bien en peine d’avoir
en nous, dans notre âme, une relation, un ancrage, pour remonter vers le monde
des anges. C’est là qu’il faut voir que c’est tout notre être qui est
relation vers un ange. Nous n’avons pas une relation en nous vers un ange,
mais nous sommes une relation vers un ange. Pour que l’inférieur puisse
permettre à nos facultés spirituelles de remonter vers le supérieur, il faut
que tout l’inférieur serve de signe et de moyen pour cela. Chaque personne
humaine est dans tout son être un signe et un moyen pour entrer en relation
avec un ange particulier. Il s’agit là de son ange gardien. C’est le seul moyen
pour permettre la relation au monde des anges, et donc à Dieu dans son immensité,
par nos capacités de créatures.
Et ce qui est vrai dans
la relation des hommes vers les anges gardiens est vrai des anges inférieurs
vers les anges supérieurs, et aussi des anges les plus supérieurs vers Dieu :
ils servent chacun de signe et de moyen pour établir une relation avec le supérieur. »
[Glose 4 : On reconnaît le thème médiéval -et, en amont, platonicien- de la « grande chaîne de l’être » -une ontologie « scalaire », où l’être est fait de strates hiérarchisées, comme les degrés d’une pyramide.]
« Puisque nous
sommes chacun signe et moyen pour entrer en relation avec un ange, c’est qu’il
doit y avoir une similitude entre chacun de nous et notre ange gardien. On
pourrait en conclure alors que l’ange gardien d’un homme est plus masculin, et
que l’ange gardien d’une femme est plus féminin. Et s’arrêter là.
Mais cela ne serait pas
suffisant pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’il faut rendre compte que la
similitude entre l’homme ou la femme et son ange bien que très grande doit
aussi comporter une dissemblance suffisamment grande pour que l’on puisse bien
distinguer l’âme humaine de l’ange. Ensuite, parce que la vocation de l’homme
et de la femme est d’entrer dans une relation conjugale avec une autre personne
humaine pour fonder une famille. Or, si l’ange a une similitude avec nous,
qu’en est-il de lui ? Enfin, comment la similitude s’établit-elle entre les
anges inférieurs et les anges supérieurs, surtout si un ange supérieur est lié
à plusieurs anges gardiens d’hommes et de femmes ?
Reprenons les choses
autrement. La famille est la cellule fondamentale de la société des hommes.
L’unité de base de notre société ne sont pas des individualités, mais des
communautés de vie : nous vivons dans des foyers, nous sommes époux, épouses,
enfants, frères, sœurs. Même la Nouvelle Alliance en Jésus-Christ ne fait pas
disparaître cela, puisque nous formons alors une communauté de vie avec
Jésus-Christ. Et quelqu’un qui resterait célibataire sans être consacré à Dieu
aurait quand même un appel en lui à la conjugalité et à l’enfantement qui le
placerait dans la société des hommes et devant Dieu dans une prise en
considération de la notion de famille. Celle-ci façonne notre identité à tous.
Si chacun de nous est par
tout son être un signe vers un ange gardien, la société des hommes est un
signe vers la société des anges gardiens. Donc, d’une manière analogique,
la famille est la cellule fondamentale de la société des anges. Or, les anges
ne se mettent pas en famille : un être purement spirituel n’a pas à s’accomplir
dans sa nature, il l’est dès l’origine. De plus, les anges ne sont pas créés
les uns envers les autres dans des relations de famille : la perfection d’un
être purement spirituel fait qu’il a sa propre unité vis-à-vis de tous les
autres êtres spirituels. Donc, si ce n’est pas les anges entre eux qui forment
des familles, c’est que chaque ange est une famille [!]. Sinon, ce que
l’on constate dans le monde des hommes seraient en contradiction avec cette
nécessité [sic] que le monde des hommes fasse signe vers le monde angélique.
Nous sommes signes par tout ce que nous sommes vers nos anges gardiens.
Et le voilà, le sexe des
anges : chaque ange est amour, union conjugale et jaillissement de vie, masculin-féminin-enfantin.
Eurêka ! Chaque ange est famille et amour ; et non pas une individualité
solitaire. Il n’y pas à masculiniser ou à féminiser les anges : ils sont, d’une
manière suréminente par rapport à nous, union du masculin et de féminin dans
une étreinte d’amour où se déploie la vie de l’enfantin. Une personne, un seul
être, mais trois existences… Une personne, car l’unité d’une famille est telle qu’elle
entre avec une seule parole dans la communauté des familles. Une parole, mais
avec trois expressions : masculine, féminine et enfantine. Chacun : union
conjugale et jaillissement de vie.
Cela préserve la
nécessité que notre monde fasse signe vers le monde des anges ; et cela
permet de voir la grande dissemblance qui existe entre ce monde et le nôtre. Le
monde des anges ne peut être asexué, car le nôtre l’est en profondeur. Mais
il l’est d’une manière suréminente, car chaque ange est pleinement masculin,
féminin et enfantin dans un mystère d’amour. »
[Glose 5 : On voit
le genre d’âneries qui découle du postulat -pas du tout une
« nécessité »- qui consiste à croire que le monde terrestre est un
miroir du monde céleste. Comme les anges sont des singularités pures et des
créatures non engendrées (Dieu les crée directement), on pourrait croire qu’ils
sont asexués. Mais comme en fait l’auteur postule que l’ici-bas est le reflet
d’un au-delà, alors on va dire que les anges sont sexués de chaque manière
possible, des sortes de transexuels finalement… Et on va aussi tordre le sens
du mot « famille » pour appeler « famille » un individu
totalement singulier… Pfff…]
-« Sagesse
chrétienne », « Des anges, de leur existence et de leur sexe » ,
23 mai 2021 :
Post-scriptum :
Au-delà du cas loufoque
de la croyance aux anges, qu’est-ce que la critique de ce texte peut nous
apprendre comme règles méthodologiques pour nous défier des prétentions à la
connaissance des métaphysiciens ?
Enseignement n°1 :
D’abord, il est inadmissible de poser des entités qui ne sont observés, ni
nécessaire pour expliquer les phénomènes observés. La pensée rationnelle
doit avoir un fondement empirique et ne pas violer le rasoir d’Occam. Elle ne
doit pas introduire des principes théoriques gratuits, qui ne sont pas
indispensables pour expliquer quelque chose (par exemple, dire que le monde est
régi par un principe de « complétude de la création »…).
La philosophie première n’a pas le droit de contredire la pensée scientifique. Le métaphyisicien raisonnable ne peut aller « au-delà » du discours de la science qu’en dégageant ce qui rend le discours de la science possible, mais il ne peut pas s’affranchir de ses fondements empiriques et logiques -faute de quoi la spéculation devient fantasmagorique et arbitraire.
La métaphysique
rationnelle doit partir de l’empirique, de l’intelligible régissant
l’empiricité (ce que dégage la science), pour aller ultimement vers le principe
(ou les principes). Autrement dit, son mouvement explicatif doit être
ascendant (on part du simple et de l’immédiat pour aller vers l’inconnu, le
complexe, l’originaire, le principiel, etc.). C’est ce que fait Platon dans Le
Banquet. C’est ce que font Aristote, les épicuriens (qui partent de la
sensation), etc.
Mais c’est ce que nous font pas les démarches métaphysiques « descendantes », qui partent d’une intuition de l’Absolu, du Tout, du principe, avant de le relier, par étapes, au mondain, à l’observable. Le modèle classique de ce rationalisme métaphysique, c’est la Somme Théologique de Thomas d’Aquin. Mais c’est le même mouvement « descendant » qui régie un système totalement différent quant au contenu, celui de l’Ethique de Spinoza. Et on peut sans doute faire le même reproche au système de Hegel. Les métaphysiques « descendantes » sont scandaleuses dans leur principe (indépendamment de tout affirmation sur ce qui existe). On n’a pas le droit, en philosophie, de partir de l’Absolu. Ce sont des systèmes qui présupposent sans le dire un intuitionnisme de départ, une mystique. Untel a eu révélation de l’absolu et c’est le point de départ de son discours. Le dogmatisme est inévitable avec une pareille méthode. On n’a plus affaire à une explication du monde par un dévoilement des causes (et des principes qui sont au bout des chaînes causales) ; on a affaire à la mise en discours d’une intuition, d’un sentiment de l’existence… Les poètes et les romanciers le font tout autant et beaucoup plus agréablement. Ce n’est pas philosophique.
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