lundi 6 juillet 2026

Les relations BDSM sont-elles immorales et anti-féministes ? Critique de la philosophie morale de Lorena Leigh Saxe

 Immorales ?

« Récemment, au sein des communautés lesbiennes, un débat intense a émergé concernant la pertinence morale et politique de la présence des sadomasochistes et de la pratique ouverte du sadomasochisme lors d’événements féminins et lesbiens. Ce débat a eu lieu dans la presse féminine et lesbienne, ainsi que lors d’événements tels que des conférences ou les festivals annuels de musique féminine aux États-Unis. J’aborde ici, du point de vue d’une féministe lesbienne, la question de savoir si le sadomasochisme (S/M) devrait être interdit lors de ces événements. Le sadomasochisme est-il pro-féministe, anti-féministe, ou ni l’un ni l’autre ? Je traite d’abord cette question. Je m’appuie principalement sur l’ouvrage Coming to Power (Samois, 1981) comme source sur l’idéologie sadomasochiste, car il s’agit de l’un des rares travaux approfondis sur le S/M qui se revendique pro-féministe. J’examine ensuite ce que la réponse à cette question implique quant à la présence des sadomasochistes lors d’événements comme les festivals de musique féminine. »

[Glose 0 : l’enjeu, ce serait donc de savoir, par exemple, si une militante féministe comme l’anthropologue Gayle Rubin –qui est aussi une lesbienne impliquée dans le BDSM- est une personne dotée de croyances morales cohérentes et décentes.

Ou encore, l’enjeu implique de savoir si une bande dessinée comme Sunstone nous raconte, comme je le pense, une romance drôle et adorable -ou bien en fait des relations moralement mauvaises.]

« Dans les débats sur la moralité et la légitimité politique du sadomasochisme, toutes les parties –sadomasochistes, personnes tolérantes envers le sadomasochisme et opposantes– se sont concentrées sur le consentement de la personne masochiste. Les sadomasochistes et ceux qui les tolèrent affirment que ce consentement est ce qui distingue la relation sadomasochiste d’une relation de violence conjugale. Ou encore, ils soutiennent qu’on devrait pouvoir faire ce qu’on veut, ou ce à quoi on consent, tant que personne d’autre n’en subit de tort, et qu’insister sur le contraire revient à une restriction paternaliste de la liberté.

Les féministes opposées au sadomasochisme ont avancé des arguments clairs sur les limites de ce consentement, soulignant notamment que nos désirs sont largement façonnés par les idéologies et les institutions sociales. Il est donc peu pertinent de parler d’un consentement pleinement libre et éclairé au rôle masochiste, que les hommes imposent déjà aux femmes […]

Par ailleurs, il a été relevé que le sadomasochisme a une dimension englobante et addictive – en partie parce qu’il s’agit (au moins en apparence) d’une culture marginale, ce qui rend difficile pour ses pratiquantes de naviguer entre les milieux sadomasochistes et non sadomasochistes, et en partie parce que le sadisme crée une tolérance physique chez la personne masochiste, de sorte que sadistes et masochistes recherchent des actes de plus en plus violents pour s’exciter. Ainsi, ce à quoi la personne masochiste a initialement « consenti » peut ne pas du tout correspondre à ce à quoi elle finit par participer (et il peut lui être très difficile d’en sortir). »

[Glose 1 : On aimerait des sources scientifiques qui prouvent cette accusation d’accoutumance addictive et de recherche croissante d’expériences plus extrêmes, etc. Le moins qu’on puisse dire est qu’elle n’apparaît pas dans les témoignages de pratiquants du BDSM.]

« Si ces disputes sur la liberté et le consentement sont intellectuellement stimulantes, je pense qu’elles sont mal orientées. Le sadomasochisme, dans ces discussions, est traité comme un tout homogène –le nom lui-même semble désigner une seule et unique chose. Pourtant, le sadisme et le masochisme sont des comportements distincts, et ils peuvent être évalués séparément. Trop d’attention a été accordée aux masochistes, comme si régler la question du consentement suffirait à trancher l’ensemble du débat. En revanche, trop peu d’attention a été portée aux sadistes. Comment, en tant que féministes, devons-nous évaluer le sadisme ?

Certaines façons d’interagir avec une autre lesbienne sont inacceptables, indépendamment du fait qu’elle ait consenti à ce traitement, ou que nous jugions son consentement acceptable. Le sadisme sexuel en est une. Dans bien d’autres situations, cette conviction morale semble comprise, ou du moins compréhensible. Par exemple, on peut estimer qu’il est acceptable qu’une femme choisisse de fumer des cigarettes, puisque c’est sa propre santé qu’elle met en jeu (en laissant de côté les questions de tabagisme passif ou de hausse des cotisations d’assurance maladie pour autrui). Pourtant, les entreprises de tabac méritent d’être condamnées pour fabriquer et tirer profit d’un produit qui tue des milliers de femmes. Les compagnies de tabac profitent de comportements qui témoignent d’un mépris, voire d’un mépris profond, pour la vie et la santé des femmes. Manifester un manque de respect fondamental envers une femme est inacceptable ; en tirer profit, injuste, même si elle n’en subit pas de dommage, voire si elle en tire du plaisir.

C’est là une critique fondamentale de l’hédonisme éthique. Éthiquement –en raison du type d’êtres que sont les femmes– et politiquement, comme une condition nécessaire à la libération des femmes, celles-ci doivent être traitées avec un respect de base. Ce respect doit être dirigé vers la force, la santé et l’intégrité des femmes, et non uniquement vers le plaisir. Le sadisme, bien qu’il « respecte » le plaisir du sadique et celui de la masochiste consentante, repose néanmoins sur un mépris envers les femmes, car l’essence du sadisme sexuel réside dans la dégradation et l’humiliation de la personne masochiste. »

[Glose 2 : Si on admet ces prémisses -et je ne vois pas de bonnes raisons de ne pas les accepter- alors toute la question est de savoir si la relation SM entame la "force" (la puissance, l'agentivité) de la lesbienne masochiste ; ou alors si elle nuit à sa santé, ou à son intégrité.

Par ailleurs, Saxe a raison de dire que les relations BDSM sont diverses et non homogènes, mais elle surestime encore l’homogénéité du phénomène. Le dénominateur commun des relations BDSM est, semble-t-il, une dynamique d’inégalité de pouvoir qui suscite une émotion érotique. Tous les pratiquants du BDSM ne s’infligent pas de violences physiques. Tous ne pratiquent pas non plus la dégradation et l’humiliation érotique, si bien que, quand bien même Saxe aurait démontré l’immoralité de tels actes, cela ne suffirait pas à condamner les sadomasochistes en général.]

« Les pratiquant·e·s du sadomasochisme affirment souvent que la violence, l’humiliation et la domination qui y sont impliquées se limitent à la chambre à coucher et ne déborderont pas sur d’autres aspects de la vie. En tant que justification du sadomasochisme, cet argument est discutable pour au moins deux raisons. Premièrement, depuis deux décennies, la chambre à coucher est un objet central de l’analyse politique et éthique féministe : la prétendue sphère privée de la chambre à coucher est en effet le lieu de nombreuses oppressions misogynes parmi les plus graves subies par les femmes. Même si le sadisme et le masochisme étaient cantonnés à la chambre à coucher, je resterais très préoccupée par le manque de respect –l’humiliation, la dégradation et la destruction physique– dans les actes des sadique·s.

Deuxièmement, il est hautement douteux que le sadomasochisme reste strictement confiné à la chambre à coucher, sans affecter les autres lesbiennes. Le sadomasochisme est une pratique très visible : les pratiquant·e·s portent souvent des uniformes ou du cuir (et s’identifient comme des « leather dykes » par cette tenue publique), des symboles comme des croix gammées ou des menottes, ou encore des codes comme des clés ou des mouchoirs colorés. Les traces du sadisme –marques de fouet, coupures, bleues et cicatrices– sont également visibles par les autres. De plus, il s’agit d’une activité très orientée vers le groupe : les partouzes sont populaires et courantes, les invitations étant généralement envoyées à la communauté sadomasochiste locale ou lesbienne, et elles ont parfois lieu dans des espaces publics, comme des saunas ou des festivals. 

Pour les lesbiennes en communauté, le caractère non privé du sadomasochisme remet en question notre identité en tant qu’êtres sexuels et politiques. Loins d’être limité à « la chambre à coucher », le sadomasochisme semble être non seulement un comportement public, mais aussi une identité totale. Ainsi, une autrice dans Coming to Power déclare : « Avec le S/M, tout devient chargé de sens, au point que même les mouvements subtils des mains et du corps ont désormais une connotation S/M pour moi » (Samois, 1981, p. 38). »

[Glose 3 : On pourrait éventuellement arguer que la visibilité des pratiquants du BDSM n’est pas morale -par exemple parce qu’elle importune ou gêne d’autres personnes. Mais même si c’était exact, ce serait un argument contre la visibilité publique et non contre la présence des personnes en question durant des événements publics ou semi-publics (festivals sur invitation, etc.) ]

« Le sadomasochisme fait partie d’une vision du monde, et en même temps il la renforce, dans laquelle le monde est imprégné de domination et de violence.

En tant que féministe lesbienne, je sais déjà à quel point il est difficile de résister à cette vision du monde, qui constitue le cœur de la culture […] Le sadomasochisme semble affiner, cristalliser et sexualiser cette vision du monde, la rendant encore plus absolue et omniprésente qu’elle ne l’est par ailleurs. Deux visions du monde –l’une nourrie par le sadomasochisme et le nourrissant en retour, l’autre, le féminisme lesbien– sont irréconciliables. L’une voit la domination et l’humiliation dans chaque mouvement féminin, tandis que l’autre peut imaginer une lesbienne libérée de ces choses, forte et intègre. »

[Glose 4 : Le problème est qu'à moins de prouver la validité du pacifisme, on ne peut pas établir l'immoralité d'une activité sur la base du seul fait qu'elle est violente. Il y a des violences oppressives et des violences émancipatrices. Il existe des violences moralement acceptables, comme la lutte armée contre la tyrannie (c’est ce qu’on chante dans La Marseillaise).

Il pourrait bien y avoir aussi des violences épanouissantes pour ceux qui s'y adonnent. Par exemple, si certains sports de combat extrêmes sont certainement immoraux -parce que les blessures y sont récurrentes, durables, incapacitantes, on ne peut pas généraliser cette critique à des sports de combats qui ne sont pas extrêmes (comme le judo ou, peut-être, certaines formes de boxe). Un coup porté à autrui n’est pas forcément une injustice.

La question de la domination constitue un axe de critique plus profond. Mais cela soulève deux questions. Tout d'abord, les relations SM sont-elles vraiment des relations de domination -c'est-à-dire d'usage arbitraire du pouvoir sur une personne dépendante ? Plus spécifiquement, y-a-t-il vraiment dépendance dans un tel contexte de jeux sexuels ?

Certains trouveront cette question ridicule. Une personne ligotée, par exemple, n'est-elle pas un modèle de personne dépendante ? Mais on pourrait objecter que cette dépendante est en fait une pseudo-dépendance, parce que

1) les participants sont libres de cesser leurs jeux en le demandant (puisque par hypothèse on considère un type de relations entre adultes consentants) et

2) on ne voit pas bien quel serait le facteur externe qui vicierait le consentement, comme cela serait le cas de la dépendance économique s'agissant de la domination salariale (ou de la prostitution, dans la plupart des cas).

Si cette analyse est juste, alors les relations SM ne sont pas des rapports sociaux de domination, mais plutôt des mises en scène parodique d'une domination.

On pourrait même aller encore plus loin et suggérer qu'un certain type de relation SM pourrait avoir comme effet de rendre moins tolérable les rapports sociaux de domination réellement existant, en faisant sentir le contraste entre une mise en scène agréable et une oppression sociale qui, extérieurement, pourrait sembler similaire, mais s'avère psychologiquement et éthiquement terriblement différente.

De plus, même si mon analyse était fausse, un défenseur du BDSM pourrait toujours se rebattre sur le genre d'argument que Frank Lovett avance pour nous inviter à tolérer la domination parentale, à savoir le fait qu'il existe parfois certaines dominations sociales qui ne pourraient pas être éliminées sans nuire à un plus grand bien (par exemple, l'amour qu'expérimente l'enfant, bien qu'il soit effectivement dépendant et soumis à une autorité arbitraire -qui décide de ses vêtements, ses lieux de loisirs, etc.). Un défenseur du SM pourrait faire valoir, analogiquement, qu'une personne dominée ne devrait pas être arrachée à sa relation SM si celle-ci en tire un plus grand bien, en termes d'amour, de confiance en soi, d'épanouissement personnel, etc.]

« Sur le plan politique, le sadomasochisme pose également un problème à la fois pour l’identité lesbienne et pour la création d’une communauté favorisant des valeurs émancipatrices. Pat Califia, par exemple, exhorte les sadomasochistes de tous horizons à « avoir une identité commune en tant que sadomasochistes (plutôt que des hommes gays adeptes du cuir, des féministes lesbiennes pratiquant le S/M, des hommes d’affaires clients de professionnel·le·s, etc.) » (Califia, 1981, p. 271 ; italiques dans l’original). Selon elle, cette identité commune naît de leurs problèmes communs, comme « les attaques dans les médias et les préjugés à l’Hôtel de Ville » (ibid.). La recherche de communauté ne se fait donc pas avec les lesbiennes qui luttent contre les problèmes communs imposés par une culture misogyne, mais bien avec des hommes qui ont recours à des prostituées et participent ainsi à la subordination des femmes ! »

[Glose 5 : L'argument de Saxe pourrait être formalisé comme suit.

1): La prostitution est immorale.
2): Il y a, dans les milieux BDSM, des personnes qui payent des prostitué(e)s.
3): La fréquentation et l'identification envers une communauté BDSM est donc immorale.

Évidemment, on pourrait chercher à contester 1). La prostitution me semble effectivement plutôt quelque chose d'immoral, mais peut-être ne l'était-elle uniquement que dans les cas (majoritaires) il y a une véritable dépendance économique des personnes qui se prostituent. Ce qui est un peu plus restreint que l'ensemble des activités prostitutionnelles.

Mais même si on admettait 1) (ou une version légère modifiée, disons 1.1), l'argument resterait bancal. En effet, c'est ce qu'on pourrait appeler une exigence de ne s'identifier qu'à une communauté des saints. L'implicite de l'argument est que nous ne devrions appartenir qu'à des groupes totalement composés de personnes morales irréprochables.

Il est évident qu'une telle exigence n'est pas morale car, si on suivait une telle règle, on aboutirait rapidement à plonger l'individu dans un état d'isolement social et de manque d'ancrage identitaire très déstructurant. Par exemple, il s'ensuivrait qu'on ne peut plus s'identifier comme membre d'une nation (car quels pays ne comporte pas un pourcentage quelconque de personnages immoraux et même criminels parmi ses membres ?). Et ce serait la même chose pour tous les groupes d'appartenance concevable (églises, syndicats, classes sociales, ou même simplement une famille. Pourquoi devrait-on cesser de se sentir appartenir à une communauté familiale dès lors qu'un seul de ses membres à des comportements immoraux ?). La prescription de Saxe n'a rien de véritablement moral, bien au contraire. Elle relève d'une espèce de rejet général des milieux BDSM, alors qu'on pourrait très bien :

a) faire partie d'un club ou réseau communautaire qui, éventuellement, ne comporte pas de membres se livrant à la prostitution (pour autant que nous le sachions)

b): en faire partie tout en sachant que certains individus ont des pratiques morales problématiques, mais en cherchant : b.1) à les faire changer ; b.2): à les boycotter ; b.3): à les faire exclure du groupe.

On ne voit donc pas d'incompatibilités entre être féministe et se sentir appartenir à un milieu BDSM.]

« Une vision de la communauté et de l’identité cherche l’émancipation des femmes et des lesbiennes ; l’autre, la libération des « mauvaises attitudes » de la « répression » sexuelle. Cette dernière n’est pas émancipatrice pour les femmes et les filles, qui, dans une société sexiste, sont les proies de ceux qui se libèrent de toute répression. »

[Glose 6 : ici l'auteur semble adhérer à un genre de puritanisme (ou du moins d'indifférence à la libération sexuelle) qui constitue l'un des deux pôles des "sex wars", ces divisions du mouvement féministe aux USA. Son argument semble être le suivant :

1): L'idéologie des milieux BDSM prône de lutter contre la répression sexuelle et la morale conservatrice traditionnelle ;
2): La fin de la répression sexuelle, combinée au machisme ambiant, favorise l'achat du corps des femmes ou l'agressivité sexuelle débridée contre les femmes ;
3): L'idéologie hédoniste des milieux BDSM est donc anti-féministe.

Contrer cet argument exige d'élargir la focale et de s'intéresser plus largement aux conséquences globales du mouvement de libération sexuelle qui a marquée les mobilisations en Europe et aux USA, notamment dans les années 1960 et 1970 (dont on pourrait trouver de nombreux prédécesseurs théoriques et militants à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, notamment dans l'éloge de l'amour libre de certains milieux anarchistes ou proches de l'anarchisme).

On pourrait d'abord faire remarquer que la fin de la morale sexuelle traditionnelle, conservatrice, répressive, a des conséquences positives, y compris pour l'autonomie des femmes, comme l'accès à la contraception, etc. Si ces conséquences positives sont importantes -et je pense qu'elle le sont- alors cela pourrait déjà suffire à considérer que les effets négatifs de la lutte contre le puritanisme sexuel sont un mal tolérable car compensé par d'autres conséquences positives plus importantes.

Complémentairement, on peut aussi critiquer l'argument en attaquant 2). Il n'est pas juste de penser que l'achat du corps des femmes est plus fréquent en Occident depuis les mouvements sociaux des années 1960, par rapport, disons, à la situation qui prévalait dans le contexte de prostitution très étendue typique de la seconde industrialisation (Angleterre victorienne, Paris fin-de-siècle, etc.). Pourtant, l'idéologie conventionnelle en matière de mœurs était à l'époque nettement conservatrice.

On pourrait répondre que c'est un hasard : ce n'est pas parce que la prostitution est moins forte durant la deuxième moitié du 20ème qu'elle est moins forte parce que la morale traditionnelle, répressive, a été contestée et largement abandonnée. Il faut donc se demander si la prostitution est favorisée ou défavorisée par le strict facteur causal du rejet du puritanisme. En l'absence de preuves, rien n'oblige à penser que la fin de la répression sexuelle est en soi une cause qui banalise la prostitution.

On peut même avancer une hypothèse incitant à penser que ce n'est pas le cas. Si les couples trouvent davantage de satisfaction depuis l'abandon du puritanisme sexuel (y compris, à la limite, en acceptant d'ouvrir leur couple à d'autres partenaires, chose inconcevable traditionnellement), alors on peut présumer qu'une plus grande satisfaction sexuelle dans le couple (ouvert) diminue l'intérêt d'aller payer une personne prostituée.

Le même argument est transposable à la thèse d'une plus grande agressivité sexuelle contre les femmes causées par l'hédonisme post-68, etc. En fait, le problème se ramène à une question psychologique : les individus sont-ils plus sexuellement agressifs en étant formatés par une culture répressive vis-à-vis de la sexualité (ce qui génère des frustrations), ou dans une culture non répressive ? La seconde n'est-elle pas moins frustrante, et donc logiquement moins susceptible de se traduire en comportements agressifs ?

Si j'en crois mon IA (Copilot), les militants freudo-marxistes des années 1960 étaient bien inspirés, car :

"L’anthropologue Donald Symons et le sociologue Steven Pinker (dans The Better Angels of Our Nature) montrent que les sociétés où la sexualité est strictement contrôlée, où l’accès au sexe est limité par des normes rigides, où la chasteté est imposée, où les relations sont surveillées présentent plus de viols, plus d’agressions sexuelles, plus de coercition. [...]

Les données des pays nordiques, des Pays‑Bas, de l’Allemagne, du Canada, etc. montrent que : la libéralisation sexuelle, l’accès plus facile à la contraception, la normalisation des relations sexuelles consensuelles, la baisse de la stigmatisation, n’ont pas entraîné une hausse de la violence sexuelle. Les pays les plus permissifs sont ceux où la violence sexuelle est la plus faible."

On peut donc conclure que l'argument de Saxe est invalide, et trahit une méconnaissance des véritables conséquences de la libération sexuelle. Saxe nous dit que la libération sexuelle est mauvaise dans une société misogyne -mais le problème, c'est la misogynie, pas la liberté sexuelle ! On ne voit par ailleurs pas où seraient la misogynie dans les relations BDSM entre lesbiennes. Dès lors, pourquoi dire que le SM est immoral ?]

« Le sadomasochisme s’oppose activement au féminisme de deux manières essentielles. [...] Il sexualise et affiche publiquement les symboles de l’antisémitisme, du racisme et du sexisme, comme ceux du nazisme, de l’esclavage, de la prostitution et de l’inceste. Ces symboles ne sont pas détournés ni transformés pour être libérés de l’oppression dont ils sont issus ; c’est précisément l’oppression et la domination qui rendent le nazisme, l’esclavage ou l’inceste excitants pour les sadomasochistes. Contrairement à ce qu’ils prétendent, les sadomasochistes ne jouent pas avec le pouvoir et le contrôle de manière abstraite. Pour le plaisir, les scènes qu’ils mettent en place (publiquement, donc en les validant) s’inspirent des horreurs réelles de l’oppression que des femmes et des lesbiennes ont effectivement subies. Une telle inversion du sens de l’oppression et une telle approbation publique de cette inversion sont antagonistes à la libération des femmes. »

[Glose 7 : On peut effectivement trouver de très mauvais goût l’usage de symboles liées à des idéologies extrémistes (nazisme, etc.).

Mais pour bondir jusqu’à la certitude que ce n’est pas seulement de mauvais goût, mais bien immoral, il faudrait établir une approbation par les utilisateurs de ces symboles de contenus idéologiques spécifiques. Or, on bute ici sur un problème sémiotique évident que Saxe ne traite même pas : le problème de la ré-sémantisation parodique des symboles. On peut s’habiller en fasciste pour parodier et dévaloriser le fascisme : Charlie Chaplin l’a fait dans Le dictateur. Saxe est un peu trop prompte à juger le fond des âmes des amateurs de jeux BDSM…]

Un affreux fasciste ?

« Un thème récurrent dans les récits de Coming to Power est l’utilisation du sadisme pour échapper au sentiment d’impuissance féminine. Cela contraste avec l’objectif de libérer réellement les femmes et les lesbiennes de l’oppression. Cette fuite face au sentiment d’impuissance est évidente chez les sadique·s, ou « tops », qui peuvent temporairement oublier leur rôle social de femme opprimée en dominant une autre.

Tout aussi fréquent est le recours des masochistes au sadisme d’autrui pour échapper à ce même sentiment d’impuissance. Ce type d’évasion (qui n’est pas une véritable libération face à l’oppression) prend plusieurs formes, chacune utilisant soit la violence du·de la sadique, soit le fantasme créé dans la « scène » S/M comme moyen de fuite. Dans tous les cas, bien sûr, la personne masochiste participe à une « scène » où elle est fouettée, frappée ou pénétrée violemment, et cela s’accompagne généralement d’un fantasme partagé et de jeux de rôle inspirés de situations oppressives, comme un viol collectif, des relations sexuelles entre adulte et enfant, une féminité imposée (être forcée de porter des vêtements féminins que la personne masochiste déteste), l’esclavage […]

Dans ces récits, les masochistes utilisent la violence dirigée contre elles pour échapper à leur sentiment d’impuissance dans le monde en se laissant pousser jusqu’à un point où la douleur les désoriente, les empêchant de penser et de ressentir. Cette incapacité temporaire à réfléchir est souvent mentionnée dans les récits comme l’objectif de l’activité sexuelle et est considérée, dans de nombreux cas, comme une manière positive de s’échapper de la grisaille et de la souffrance de la vie quotidienne. »

 « Dans chacun de ces fantasmes d’évasion, la réalité de l’oppression est retravaillée et totalement inversée, pour être faussement surmontée et, en fin de compte, perpétuée. Cette approche de la domination et de la soumission est présentée par les sadomasochistes comme une manière d’apprendre à « gérer » le pouvoir, et donc comme un outil important pour la libération dans le « vrai » monde. Pourtant, le pouvoir sadique n’est jamais « géré » de manière satisfaisante. Les sadique·s apprennent à perfectionner des techniques de pouvoir sur d’autres lesbiennes. Les masochistes effacent le sens réel de ce pouvoir et le remplacent par le fantasme selon lequel ce pouvoir sur elles est choisi, mérité et récompensé. Les un·e·s et les autres érotisent ce pouvoir. Rien de tout cela ne fournit un outil utile pour échapper ou démanteler le pouvoir réel que les oppresseur·se·s ont sur nous, ni ne nous indique comment agir avec intégrité. »

[Glose 8 : En admettant que tout ceci soit exact, et que le genre d’effets politiquement progressistes que pourraient avoir les expériences BDSM dont j’ai parlé n’existent en fait jamais, on aboutit tout au plus à prouver que le BDSM n’est pas féministe. Mais ça ne prouve pas qu’il est antiféministe et nuisible aux femmes.

La critique de Saxe vaut autant que si on disait : « le ping-pong n’est pas une activité féministe. Les femmes qui font ça devrait plutôt aller militer »…]

« Le sadomasochisme est contradictoire avec la culture féministe lesbienne et la valorisation du féminin. Comme indiqué précédemment, son attrait sexuel repose sur le mépris envers les femmes, qui s’exprime par l’humiliation et la mutilation physique. Pour les masochistes, il glorifie la faiblesse féminine : la soumission, l’effacement de soi, la féminité. Pour les sadique·s, la force féminine est détournée de sa capacité à résister soi-même à l’oppression ou à créer du bien pour les autres femmes. »

« En tant que festival féministe, le MWMF dispose de plusieurs options concernant sa politique en matière de sadomasochisme. Il serait cohérent avec son interdiction générale du racisme, du sexisme, de la violence à l’égard des femmes et d’autres actes d’oppression à leur encontre de simplement interdire le sadomasochisme. Cette interdiction pourrait prendre deux formes : exclure les sadomasochistes ou autoriser les personnes pratiquant le s/m à participer au festival tout en interdisant les comportements et les tenues associées. Cette dernière option est en réalité plus cohérente avec la politique du MWMF en matière de racisme, de sexisme, etc. : ce sont les actes, et non les personnes, qui sont exclus. » (p. 66)

[Glose 9 : Si on regarde la relation du côté des femmes dominantes (lesbiennes ou hétérosexuelles dominant des hommes), on ne voit pas bien en quoi le BDSM aboutirait à accentuer la « faiblesse féminine ».

Si on regarde la relation du point de vue des femmes masochistes, on pourrait aussi contester l’interprétation de leurs actions comme de la faiblesse. Il se pourrait au contraire qu’il faille beaucoup de force morale pour s’en remettre de la sorte à son partenaire érotique. Le psychologue Noam Shpancer a écrit en ce sens : « que repousser les limites de l'endurance est un thème récurrent dans la quête humaine de sens et d'accomplissement de soi. Les alpinistes, les explorateurs, les ascètes religieux, les marathoniens d'élites, etc. trouvent tous un sens et une satisfaction à tester les limites de leur capacité à endurer la souffrance. Peut-être le masochisme, du moins sous certaines de ses formes, équivaut-il à une autre version de cette tentative humaine de surmonter ses peurs en y faisant face. »

Saxe considère que le BDSM est immoral car impliquant du « mépris » pour les personnes masochistes. Ce qu’on pourrait répliquer, c’est que le mépris n’est immoral que lorsqu’il a pour but d’être intériorisée par ses cibles -lorsqu’il a pour but, en fait, de diminuer l’estime de soi des individus. Or, il est peu plausible que cette intériorisation survienne nécessairement dans les jeux BDSM -elle n’est pas visée ou voulue par les individus responsables et sains d’esprit (et Sphancer écrit du reste que « Les données suggèrent que les masochistes sexuels en tant que groupe sont généralement normaux dans tous les autres aspects de leur vie et psychologiquement sains »).

Les recherches sur la psychologie du BDSM sont restreintes, en particulier s’agissant d’enquêtes sur des sujets intimes et aisément dérangeant comme l’humiliation érotique. Je suggère toutefois que le témoignage suivant illustre que les interprétations de Saxe manque de discernement psychologique :

« Le jeu d’humiliation reste un jeu : on le pratique parce que soi-même et son ou sa partenaire en tirent du plaisir. Ce n’est pas « pour de vrai ». Par exemple, si je traite ma partenaire de « salope », c’est parce qu’elle aime se sentir comme une personne très sexuelle, et que le terme « salope » est associé émotionnellement à quelqu’un de très libéré sexuellement. Dans le bon contexte, ces associations émotionnelles peuvent être extrêmement excitantes. Mais ça fonctionne précisément parce que ce n’est pas « pour de vrai ». Elle sait que j’ai un immense respect pour elle, et quand j’utilise ce mot, ce n’est pas parce que je pense qu’elle vaut moins en tant que personne. Elle sait que je l’utilise parce que ça l’excite, et non parce que je pense qu’elle ne mérite pas de respect.

Le jeu d’humiliation n’est probablement pas adapté aux personnes qui n’ont pas une image d’elles-mêmes solide et une bonne estime de soi. Si une personne intériorise le mot « salope » et que cela la fait se dévaloriser, ou si une personne a vraiment l’impression de valoir moins en tant qu’être humain si son ou sa partenaire la met en laisse, alors le jeu d’humiliation n’est probablement pas une bonne idée. »

[Glose 10 : on pense aux intuitions de Deleuze : « Le moi masochiste n'est écrasé qu'en apparence. Quelle dérision, quel humour, quelle révolte invincible, quel triomphe se cachent sous un moi qui se déclare si faible ? La faiblesse du moi est le piège tendu par le masochiste, qui doit amener la femme au point idéal de la fonction qui lui est assignée. Si le masochiste manque de quelque chose, c'est plutôt de surmoi, non pas du tout de moi. » -Gilles DeleuzePrésentation de Sacher-Masoch. Le froid et le cruel, Paris, Les Éditions de Minuit, coll. « Arguments », 2007 (1967 pour la première édition), 118 pages, p.105.]

« Pensez-y comme à une forme de jeu de rôle. La réaction émotionnelle de gêne ou de honte est réelle, mais elle n’est pas intériorisée. Il n’y a pas de dégradation réelle, et les personnes impliquées ne cherchent pas à se faire sentir sans valeur. »

-Franklin, "BDSM: Humiliation Play ?", consulté le 5 juillet 2026.

Ceci prouve que Saxe a tort de penser que les relations BDSM sont nécessairement nuisibles aux personnes qui s’y livrent. Elles peuvent l’être, mais ça n’a rien de nécessaire. Les signes extérieurs de mépris ne sont pas forcément des manifestement authentiques de dévalorisation de son partenaire érotique. De façon générale, Saxe a une vision simplicatrice des relations BDSM parce qu’elle manque de considérations pour le symbolisme, la parodie ou l’ironie propre à certaines attitudes théâtrales. Elle prend au sérieux des actions qui le sont pas (ou pas toujours). Je ne veux pas dire que tout ce que font les adeptes du BDSM est automatiquement bénéfique et morale (pas plus que les autres activités sexuelles entre adultes !). Mais la moindre des choses serait de s’interroger sur l’ambiguïté de ces mises en scène.

Une dernière manière de réfuter l’argument de Saxe consisterait à souligner le bien spécifique que trouvent les personnes impliquées dans le BDSM. Les bénéfices sont évidemment hédonistes et sexuels. Par exemple :

« Pour certaines personnes, des activités comme les insultes permettent d’atteindre […] de surmonter des inhibitions sexuelles. »

-MasterMarc, "Erotic Humiliation and Degradation", April 22, 2015.

« « Paul Rozin, de l'université de Pennsylvanie, et ses collègues ont récemment proposé le terme de "masochisme bénin" pour rendre compte des diverses manifestations de cette négativité rendue positive. Selon Rozin, le masochisme bénin "illustre un type de renversement hédoniste, la conversion d'une expérience (habituellement) négative en une expérience positive... Le masochisme bénin désigne le fait de profiter d'expériences au départ négatives que le corps (cerveau) interprète à tort comme menaçantes. Cette prise de conscience que le corps a été trompé, et qu'il n'y a pas de danger réel, conduit à un plaisir découlant de "la maîtrise de l'esprit sur le corps".

[…] En effet, des recherches récentes ont suggéré que le masochisme peut être recherché parce qu'il peut produire l'expérience du "flow" - un état de conscience altéré associé à un sentiment de bien-être accru. Les états de "flow" émergent lorsque les capacités d'une personne sont mises à l'épreuve à un niveau qui n'est ni trop facile (sans quoi il serait ennuyeux) ni trop difficile (sans quoi il serait accablant). Dans ces conditions de défi "juste à la bonne intensité", les gens entrent souvent dans un état de concentration intense et de présence à soi, qui est profondément satisfaisant. Être pleinement immergé dans l'expérience de la douleur sans peur ni panique peut créer ce genre d'expérience du "flow". »

-Noam Shpancer, "Sexual Masochism: Torture and Transcendence Tied Together ? The enduring puzzle of sexual masochism", Psychology Today, 17 octobre 2016.

Mais on peut aller beaucoup plus loin en montrant que les bénéfices que trouvent les pratiquant du BDSM dépassent la dimension purement sexuelle :

« Le psychologue social Roy Baumeister, de l'université de l'État de Floride, a proposé que les caractéristiques déterminantes et troublantes du masochisme -qui vont à l'encontre des inclinaisons fondamentales du moi- révèlent en fait le but ultime de parvenir à se libérer de la conscience de soi.

Selon Baumeister, la vie moderne est difficile, et beaucoup de gens ne parviennent pas à répondre à leurs propres attentes. Être conscient de soi, c'est être conscient de ses défauts. Être conscient de soi est également stressant, car nous sommes censés garder la maîtrise de soi, l'équilibre, le but, l'attention à soi, une présentation valorisante de soi, de l'estime de soi et manifester de l'efficacité. C'est épuisant. Tout comme nous avons besoin de pauses périodiques pour nous libérer du stress du travail sous la forme de vacances exotiques, nous avons également besoin de pauses périodiques pour nous libérer du fardeau de notre propre responsabilité. Le masochisme, dans ses rituels d'oubli de soi, offre une période de soulagement de ces fardeaux, de ces stress et de ces lourdes responsabilités.

En outre, Baumeister soutient que le masochisme est une réponse au besoin de sens, en ce sens qu'il offre "un idéal d'accomplissement et un moyen de l'atteindre". Selon Baumeister, lorsque les gens ont commencé à se détourner du christianisme au XVIIIe siècle, ils ont perdu les justifications (parole de Dieu) et le chemin de l'accomplissement (vie après la mort) qui fondaient leurs projets de vie.

Le masochisme, dans cet environnement moderne, offre une nouvelle justification et un nouveau moyen de s'épanouir. Dans le masochisme, la relation avec le partenaire dominant (qui, comme un Dieu, a un contrôle total) apporte du sens, tout en permettant la réalisation d'une proximité émotionnelle forte avec le partenaire. De plus, l'objectif de conserver sa dignité et son pouvoir est remplacé par son contraire, et le succès dans l'oubli de soi (devenir un bon esclave) conduit, paradoxalement, à l'épanouissement et au sentiment de sa propre valeur. »

-Noam Shpancer, "Sexual Masochism: Torture and Transcendence Tied Together ? The enduring puzzle of sexual masochism", Psychology Today, 17 octobre 2016.

L’épanouissement obtenu par l’intimité émotionnelle est particulièrement sensible dans ce témoignage :

« Pour moi, le vrai attrait du jeu d’humiliation réside dans son rôle de vecteur d’intimité émotionnelle.

Quand je participe à un scénario érotique centré sur l’humiliation ou la honte, que ce soit en tant que donneur ou receveur (et surtout en tant que receveur), cela m’expose émotionnellement à mon ou ma partenaire d’une manière que rien d’autre ne fait. Cela balaye tous mes mécanismes de défense émotionnelle et abaisse toutes mes barrières. La personne que tu vois dans ce contexte, c’est moi, sans armure, totalement vulnérable. En tant qu’outil pour l’intimité émotionnelle, c’est imbattable : il n’y a pas de faux-semblants, pas de filtre sur mes réactions ; ce que tu vois, c’est ce que je suis, sans aucun filtre.

Je suis un grand adepte de l’intimité émotionnelle : j’aime découvrir qui sont mes partenaires, et j’aime que mes partenaires voient qui je suis vraiment.

Pour cette raison, je ne peux pas pratiquer le jeu d’humiliation avec un ou une partenaire occasionnelle, ou avec une personne avec qui je n’ai pas de relation intime, stable et durable. Je l’utilise précisément parce que cette vulnérabilité émotionnelle crée un vecteur d’intimité. Pour moi, c’est cela, bien plus que l’orgasme, qui compte vraiment. Le fait que cela m’excite me permet de le faire en premier lieu, car il ne fait aucun doute que ce niveau de vulnérabilité et d’exposition émotionnelle peut être assez effrayant. L’aspect sexuel le rend amusant et le place dans un contexte sûr et bienveillant. Comme je l’ai dit plus tôt, je ne m’engagerais dans le jeu d’humiliation, que ce soit en donnant ou en recevant, avec aucun partenaire en qui je n’aurais pas une confiance et un respect absolus. »

-Franklin, "BDSM: Humiliation Play ?", consulté le 5 juillet 2026.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire