jeudi 15 octobre 2026

Commentaire de dissertation : « Y-a-t-il une vérité des apparences ? »

Je n’ai pas d'indication sur le niveau du concours, j'espère pour le candidat que c'était pour le baccalauréat…


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« L’apparence, c’est ce que l’on voit en premier. Pour voir les apparences, il n’y a pas de recherche à faire de prime abord, c’est ce qui se donne à voir sans avoir trop d’efforts à faire. Par exemple, dans une pâtisserie, je vois un gâteau tout ratatiné et mal fait, cela ne donne pas envie de le manger, alors que hormis son apparence, il peut être délicieux. »

[Glose 1 : Première conclusion : le visualisme historique de la philosophie occidentale, qui fait de la vue le sens majeur, a peut-être choisi celui qui exige le moins d’effort. Contrairement au goût, qu’on pourrait assimiler à un cas particulier du toucher d’ailleurs. Une certaine sorte de toucher qui exige un effort musculaire (mastication, etc.) pour obtenir une information sur l’objet.

Bien sûr, si on prend les termes d’apparence et de sensation pour identiques, le toucher ou le goût ne nous enseigne rien de plus profond que la vue sur un objet quelconque. Ce serait le cas si on distinguait des degrés dans l’apparence (des informations exigeantes plus ou moins d’effort pour être obtenir). Seulement, l’apparence est immédiate, tandis que l’effort est intentionnel, donc introduit une médiation temporelle, physique, etc. Ce serait donc un abus de langage que de concevoir des degrés d’apparence. Du moins si par apparence, on entend précisément ce qui se montre sans aucun effort conscient de notre part. L’apparence est alors un régime d’attention, et il devient à la fois explicable et trivial de dire qu’il ne faut « pas se fier aux apparences ». Cela veut en fait dire qu’il ne faut pas se fier à une absence d’effort attentionnel, ce qui est évident et trivial. La sagesse populaire est vraie mais elle ne va pas bien loin.]

« A contrario, je peux désirer une pâtisserie apparemment très bien faite alors qu’en la goûtant, il s’avère qu’elle n’est pas bonne à manger. Donc comme le dit l’expression familière : il ne faut pas « s’en tenir aux apparences ». Les parents disent souvent d’ailleurs à leurs enfants de « ne pas se fier aux apparences ». Cependant faut-il vraiment toujours se méfier des apparences, n’y a t-il pas une part de vérité dans l’apparence ? L’opinion commune conseille de ne pas se fier aux apparences, est-ce justifié ?

PREMIÈRE PARTIE: IL SEMBLE QU’IL FAILLE ALLER AU-DELÀ DES APPARENCES POUR ÊTRE DANS LE VRAI.

Premier argument : Il ne faut pas trop se fier aux apparences car elles sont liées à nos cinq sens physiques, et ceux-ci sont souvent trompeurs. Par exemple, si je m’amuse à tourner sur moi-même, au bout de quelques instants, je m’arrête et j’ai l’impression que ce sont les choses désormais qui tournent autour de moi ! Ceci est une illusion optique, et il y en a de nombreuses. La plus grande illusion optique jamais connue est liée au soleil. Si on s’en tient à nos cinq sens, en effet, on a l’impression que le soleil tourne autour de nous ; alors que c’est l’inverse, tout dans notre galaxie gravite autour du soleil. C’est le soleil qui est le centre d’attraction des planètes de notre voie lactée. »

[Glose 2 : La phrase soulignée est bien évidemment fausse, notre soleil n’ayant pas une telle force gravitationnelle… Le soleil fait graviter autour de lui la Terre et les autres planètes de notre système solaire (phrase tautologique : c’est ce que veut dire un système solaire…) mais pas l’ensemble des planètes de la galaxie, qui comporte en elle d’autres systèmes solaires, etc…]

« Si les grands astronomes de l’Histoire de l’Humanité s’en étaient tenus aux apparences premières, nous croirions encore que c’est la Terre qui est le centre de gravitation du soleil. C’est pourquoi la recommandation commune de ne pas se limiter aux apparences pour être dans le vrai, est une opinion qui se justifie souvent par les faits.

Deuxième argument : Mais ce n’est pas seulement des apparences physiques  dont on doit se méfier pour être dans le vrai, il faut également être circonspect avec les apparences sociales.

Les apparences sociales sont en général basées sur le « qu’en dira t-on », et le statut social. Ainsi, par exemple, le métier de médecin confère tout de suite à n’importe quel individu un certain prestige immédiat. A contrario, le statut de chômeur est déconsidéré socialement. Or, les gens ont tendance à confondre la valeur de la personne avec son statut social. C’est vrai que le métier de médecin donne accès, en général, à une vie sociale intense et un rôle important dans quelque société que ce soit. Cependant, ce n’est pas parce qu’on est médecin, et qu’on a une vie publique riche (aussi bien au sens propre qu’au sens figuré) que l’on est agréable dans sa vie privée. En effet, s’il faut se méfier des apparences sociales, c’est qu’il peut y avoir une différence très nette entre la vie publique et la vie privée d’un individu. Ainsi, une personne qui se montre très agréable et sociable en société peut se comporter de manière infecte dans sa vie privée à l’égard de son conjoint et de ses enfants.

Dans la vie publique, il faut jouer son rôle correctement, la comédie sociale l’exige. Mais en coulisses, et dans la vie privée, il n’y a plus autant d’obligations et de contraintes. Pourquoi ? Parce que normalement, la vie privée échappe aux regards indiscrets des étrangers. Autrement dit, dans la vie privée, la pression sociale est moins forte que dans les espaces publics. Aussi, dans la vie privée, n’importe quel individu révèle sa nature profonde assez facilement, notamment dans un contexte intime comme la sphère familiale. »

[Glose 3 : La prise en compte des apparences au sens social est pertinente, même s’il aurait été pertinent de justifier pourquoi on peut étendre notre conception initiale d’apparence dans cette direction. En revanche, l’auteur fait preuve d’une certaine naïveté vis-à-vis de la vie privée : un sociologue soutiendrait sans doute que les formes de mise en scène de soi et de pression sociale peuvent être différentes que dans l’espace public, sans être forcément moins intenses, au contraire !]

« Ce hiatus possible entre vie publique et vie privée fait qu’on est contraint socialement de ne pas être trop familier avec les gens que l’on ne connaît pas au premier abord. Il faut être un individu d’une sagacité extrême et d’un discernement exceptionnel pour pouvoir se permettre de parler avec « le premier venu », ou avec n’importe qui dans la rue. »

[Glose 4 : L’auteur a manifestement oublié un membre de phrase du style « parler en toute confiance », ce qui rend le propos grotesquement faux.]

« Donc, en général, il ne faut pas se fier seulement aux apparences sociales pour être dans le vrai en ce qui concerne le caractère des autres.

Troisième argument : Par ailleurs, de même qu’il faut bien avoir conscience que la vie publique et la vie privée d’un individu peuvent être différentes ; de même, il n’y a pas forcément concordance entre la beauté physique et la beauté intérieure. De ce fait, on ne doit pas se limiter à l’apparence de la beauté physique ou de la laideur pour être dans le vrai en ce qui concerne une personne.

Prenons un exemple célèbre, Socrate, le fondateur de la philosophie était réputé pour n’être pas très beau ; par contre, ses concitoyens étaient presque tous unanimes pour dire qu’il était d’une grande beauté intérieure. Socrate avait notamment « le nez camus », mais il est resté célèbre par sa beauté intérieure ; c’était effectivement un homme d’une très grande vertu. C’est pourquoi un jour, un jeune homme compara Socrate à un silène (le silène est un vieillard chauve et replet, fils d’une nymphe et du dieu Pan), tu « charmes tout le monde » lui dit-il, malgré ton apparence disgracieuse. »

[Glose 5 : on aurait aimé des éclaircissements sur cette énigmatique « beauté intérieure »…]

« La beauté extérieure est cependant un aspect de plus en plus important de nos jours. Partout, on exhibe des mannequins et même beaucoup de photographies retouchées d’hommes et de femmes jeunes et beaux, pour vendre toutes sortes de produits. Les publicités à la télévision et dans les journaux, les prospectus exaltent la beauté physique à outrance. »

[Glose 6 : à la décharge des publicitaires, il serait sans doute plus difficile de mettre en valeur des propos en les associant à la « beauté intérieure » de personnalités publiques !]

« La chirurgie esthétique est un secteur qui ne cesse de croître. Notre société a le culte de l’apparence comme d’une sorte d’idolâtrie païenne.

Il est évident que le culte de la beauté physique (sans reconnaissance de la beauté intérieure, par ailleurs) est sans pitié pour tout être humain quelque peu contrefait ou vieillissant. C’est un fait reconnu par l’opinion commune et par le bon sens partagé, que la beauté physique, à elle seule ne suffit pas à faire la valeur d’un individu. Un être humain peut être très beau sans être moral ; et vis et versa, on peut être d’une grande valeur morale et sans grande beauté physique. L’aspect physique, l’apparence première ne doit donc pas nous faire préjuger sur les personnes que nous croisons au cours de nos rencontres. Quelqu’un de laid ne doit pas être jugé mauvais en seule raison de son apparence ; de même, un bel être humain ne doit pas être jugé bon en raison de sa seule beauté. C’est vrai que spontanément, la laideur nous indispose et la beauté nous émerveille ; mais il ne faut quand même pas s’en tenir aux seules apparences pour avoir un jugement vrai sur les autres.

DEUXIÈME PARTIE : QUELLES SONT LES CONSÉQUENCES , SI ON S’ATTACHE TROP AUX APPARENCES.

Première conséquence : Il ne faut pas se limiter aux apparences pour être dans le vrai ; parce que c’est se borner à un aspect esthétisant des choses sans plus se soucier du Bien et du Mal. En effet, si l’on s’attache trop aux apparences, on devient frivole et cela même jusqu’à l’immoralité.
C’est ce que nous démontre d’ailleurs la télévision chaque jour avec des émissions de « télé-réalités » qui rendent célèbres des gens uniquement pour leur plastique physique et leur tenue vestimentaire indécente. Comment par exemple, prendre « au sérieux » une femme qui s’habillerait comme une prostituée tout en tenant un discours moralisateur ? Donc, si l’on s’en tient d’abord aux apparences physiques et sociales, on ne peut pas être très moral.

Le philosophe qui s’est le plus penché sur ce problème est Sorën Kierkegaard, philosophe danois de la seconde moitié du XIXème siècle. Ce philosophe a mis en relief le fait que l’on puisse vivre son existence selon trois stades : le stade esthétique, le stade éthique, et le stade métaphysique. Ne se focaliser et ne s’intéresser essentiellement qu’aux apparences, c’est « être bloqué » au stade esthétique. Et pour Kierkegaard, l’exemple type de l’individu qui se limite au stade esthétique, c’est Don Juan. A ce stade esthétique, l’être humain est surtout occupé par « le jeu des apparences » ; l’existence est d’abord considérée du point de vue du plaisir et du pouvoir (recherche de la jouissance exacerbée). Ainsi au stade esthétique, l’être humain n’aborde pas la réalité d’un point de vue moral. Pour considérer la réalité par le biais de la morale, il faut au moins en être au stade éthique comme l’a souligné Kierkegaard dans son œuvre. »

[Glose 7 : La visée esthétique, dont on n’a pas bien établie la relation logique aux apparences (après tout, on pourrait viser une forme de beauté physique qui ne se voit pas immédiatement, mais qui demande au contraire de l’attention, du jugement, du goût, voire même un effort de culture…) est contraire à l’éthique … CAR … Kierkegaard l’a dit. CQFD, bel exemple d’argument d’autorité.

Le seul moment où l’auteur apporte un début de propos démonstratif est lorsqu’il introduit le concept d’excès (« jouissance exacerbée »). Certes, mais tout soin des apparences, toute visée esthétique est-elle forcément vouée à l’excès ? Peut-on cultiver les apparences en sachant éviter d’être tyrannisée par elle ? L’auteur n’envisage même pas l’alternative, tout va de soi pour lui…]

« La figure idéale du stade éthique pour Kierkegaard est celle du bon père de famille qui a le sens de ses responsabilités. A ce stade éthique, l’individu est sorti de l’impasse du stade esthétique (dont Don Juan est la figure emblématique) pour arriver à un stade moral et sociable. L’individu au stade éthique a cessé de se baser d’abord sur les apparences ; mais l’individu ne poursuit pas encore un but absolu selon Kierkegaard. Ce n’est qu’au stade métaphysique, que l’individu cessant de s’en tenir aux seules apparences physiques et sociales décide par une sorte de bond spirituel (grâce à la foi) de rejoindre le Vrai de manière absolue.

Dans le stade éthique, par contre, l’individu est encore attaché aux apparences sociales. Mais au stade métaphysique, l’individu ne suit plus forcément les conventions sociales ordinairement admises et choisies. Ainsi comme le souligne Kierkegaard, dans son Traité du Désespoir, l’individu pour suivre la sainteté peut justement ne pas fonder une famille et rester célibataire comme bon nombre d’ermites vivant de manière pauvre et solitaire. Donc pour ne pas être superficiels et immoraux, il ne faut pas en rester au stade des apparences. »

[Glose 8 : L’auteur a un peu trop tirer le sujet vers « a-t-on raison de se méfier des apparences », ce qui tend à oublier l’enjeu de la « vérité » de l’apparence.]

« Deuxième conséquence : S’en tenir aux apparences, ce serait aussi ne jamais s’engager dans la durée avec qui que ce soit et pour quoi que ce soit. En rester aux apparences, ce serait miser sur l’éphémère, tel Don Juan passant d’une femme à une autre, sans jamais se fixer.

C’est pourquoi, cette vision des choses, (se détacher des apparences terrestres pour s’occuper des choses sérieuses, divines et idéales) n’est pas une vision que l’on trouve uniquement chez Kierkegaard. Déjà au Vème siècle avant J-C, à Athènes, Socrate (comme le mentionne son discours à la fin de l’ouvrage : le Banquet) nous dit que les apparences n’ont qu’une part de vérité. Socrate ne nous dit cependant pas de renier les apparences, mais de se baser sur celles-ci pour évoluer vers le Bien, le Beau, le Vrai, de manière absolue. Ainsi Socrate, initié par la prêtresse Diotime, nous décrit comment une âme communément attirée d’abord par les beaux corps finit par s’enticher d’un seul beau corps. Puis Socrate nous dit que l’amoureux va passer du désir du beau corps au désir de l’âme de l’être aimé. Puis de la beauté de l’âme de son aimé, l’amoureux va être attiré par toutes les belles âmes, pour ensuite se consacrer à l’absolu (c’est à dire le Dieu dans lequel l’Idée du Beau rejoint l’Idée de Vérité et l’Idée du Bien). Pour Socrate, les apparences ne sont qu’un point de départ pour aborder progressivement l’être suprême. »

[Glose 9 : le recourt à Socrate est très bienvenue, mais le candinat ne traite pas nettement de la nature de l’apparence dans sa relation avec ce qui la fonde (l’Idée, l’Absolu).]

« Donc pour Socrate, et pour les gens sages, l’apparence n’est pas à bannir, mais elle n’est pas un but en soi pour combler notre soif de vérité.

CONCLUSION

Il y a donc de la vérité dans l’apparence, même si on recommande communément que « l’habit ne fait pas le moine ».

[Glose 10 : quelle vérité ? Qu’est-ce que la vérité ? Le concept est le grand oublié de cette copie]

Ce n’est pas parce qu’on est habillé de telle ou telle manière qu’on est honnête, juste et droit. Il ne faut pas se limiter aux apparences pour juger d’une personne, mais analyser ce qu’elle dit et ce qu’elle fait, observer son regard et les expressions de son visage. Autrement dit, il faut analyser l’apparence et ne pas se borner à de simples impressions psychologiques, du type « spontanément j’éprouve de la sympathie ou de l’antipathie pour un tel ou une telle ». C’est à l’épreuve de la discussion que l’on apprend à cerner le caractère de l’autre. Parfois on voit la duplicité d’un être humain pendant un court moment, une ou deux secondes fugaces, au travers d’un éclair dans son regard. On peut par exemple lire dans le regard qui est le « miroir de l’âme » : la convoitise, le mensonge, mais aussi plus positivement le désir amoureux, la véritable empathie.

Ne disons donc pas d’une manière extrême qu’il faut rejeter l’apparence pour être dans le vrai ; ne concluons pas que l’apparence soit inutile. Mais il ne faut pas non plus devenir esclave de l’apparence.

[Glose 10 : La copie est trop courte ; le plan en deux parties est déséquilibré et inadapté]

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