dimanche 3 mai 2026

Le macronisme en fin de course s’entiche de réindustrialisation…




« Depuis une poignée d'années, la réindustrialisation française ressemblait surtout à un vœu pieux.

Le 22 avril 2026, Emmanuel Macron a changé de registre : 150 projets industriels stratégiques, 71 milliards d'euros d'investissements, 32 000 emplois annoncés. Le tout présenté non pas depuis un grand auditorium parisien, mais depuis une mine en Auvergne. Le signal est clair.

Tout s'est joué à Montluçon, dans l'Allier, sur le site minier d'Imerys à Échassières. C’est l'un des plus grands gisements de lithium d'Europe occidentale et ce lieu illustre exactement ce que le gouvernement veut accélérer : extraire, transformer, produire en France plutôt que d'importer.

Le plan, présenté lors d'un conseil des ministres délocalisé, s'inscrit dans la continuité de France 2030 et des lois ASAP et Industrie verte. E. Macron l'a baptisé avec une formule qui claque : les « cathédrales industrielles de l'indépendance française ». Derrière la rhétorique, il y a un constat sévère : la guerre en Ukraine, la crise des semi-conducteurs et la dépendance aux matières premières ont mis à nu les fragilités de l'économie française. Il était temps de répondre…

C'est la référence centrale du dispositif, et elle est assumée. Notre-Dame de Paris, dévastée par l'incendie de 2019, a été livrée en 2024 (cinq ans), record absolu pour un chantier de cette ampleur. Comment ? Une chaîne de commandement claire, un projet unique identifié, des délais tenus avec une responsabilité sans faille.

Le président Macron veut reproduire cette logique pour les grandes usines. Il dénonce ce qu'il appelle l'« à-quoi-bonisme » : des projets bloqués pendant 5, 6, 7 ans par des recours croisés et des procédures administratives empilées. Résultat, avant ce plan, un permis industriel prenait en moyenne 17 à 18 mois rien que pour la phase administrative.

Le décret du 22 avril 2026 acte plusieurs changements concrets :

Suppression d'un échelon juridictionnel : les recours passent directement du tribunal administratif à la cour d'appel, économisant jusqu'à un an de procédure.

Parallélisation des études environnementales, sans en abaisser les standards.

Division par deux des délais via la loi simplification de la vie économique, ramenés à 8-9 mois

Libération de 22 000 hectares de foncier d'ici 2030 via le programme « France Foncier+ » et les zones d'accélération industrielle.

Les chiffres méritent d'être posés clairement :

[...] Projets industriels identifiés : 150

Projets hydrauliques / agricoles : 400

Investissements cumulés : 71 milliards €

Emplois créés ou consolidés : 32 000

Départements concernés : 63 sur 101

Part portée par des PME/ETI : 50 %

Ces investissements sont majoritairement privés ; l'État joue ici un rôle de déblocage et de garantie, pas de financeur principal. Et la diversité des porteurs de projets est notable : une usine sur deux sera pilotée par une PME ou une ETI, pas par un grand groupe coté.

Parmi les projets déjà nommés : la mine de lithium d'Imerys (Allier), qui vise 34 000 tonnes d'hydroxyde de lithium par an d'ici 2030, soit 700 000 batteries et 50 % des besoins français couverts. Mais aussi l'extension de KNDS (munitions de défense), Verso Energy (biocarburants, Hauts-de-France) ou encore MBDA dans le secteur aéronautique en Centre-Val de Loire.

Et la Nouvelle-Aquitaine dans tout ça ?

C'est la question qui intéresse directement la région. Au 23 avril 2026, aucune liste exhaustive des 150 projets n'est rendue publique et les annonces se sont concentrées sur l'Allier et la Lorraine lors du conseil des ministres. Mais la Nouvelle-Aquitaine est explicitement dans le périmètre du plan, via les annonces relayées par Sud Ouest.

Ce qu'on peut anticiper, en croisant ce plan avec les dynamiques régionales déjà engagées sous France 2030 :

Des projets liés à l'éolien offshore et aux énergies renouvelables sur le littoral atlantique.

Des initiatives dans l'agroalimentaire et l'irrigation agricole (le volet hydraulique du plan prévoit un fonds triplé à 60 millions d'euros pour 400 projets de ce type, dont les fameuses bassines).

Des opportunités pour les PME industrielles locales, notamment dans les filières éco-compatibles et la logistique.

Le suivi concret passera par les préfets de région et le Conseil régional, c'est à cette échelle que les projets seront officialisés dans les prochains mois.

Le cadre est posé, les chiffres sont impressionnants, la méthode est empruntée à une réussite réelle. Mais les précédents plans de réindustrialisation français ont souvent buté sur l'exécution. Ce qui change cette fois, c'est peut-être l'urgence géopolitique perçue et la volonté affichée de mesurer les résultats projet par projet, préfet par préfet. Les 150 « cathédrales » devront sortir de terre et le compte à rebours a commencé…"

-Adrien Conges, "Notre-Dame en 5 ans seulement :la France veut utiliser la même méthode « record » pour reconstruire son industrie entière", Aquitaine online, 23 avril 2026.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire