« Depuis une poignée
d'années, la réindustrialisation française ressemblait surtout à un vœu pieux.
Le 22 avril 2026,
Emmanuel Macron a changé de registre : 150 projets industriels stratégiques, 71
milliards d'euros d'investissements, 32 000 emplois annoncés. Le tout présenté
non pas depuis un grand auditorium parisien, mais depuis une mine en Auvergne.
Le signal est clair.
Tout s'est joué à
Montluçon, dans l'Allier, sur le site minier d'Imerys à Échassières. C’est l'un
des plus grands gisements de lithium d'Europe occidentale et ce lieu illustre
exactement ce que le gouvernement veut accélérer : extraire, transformer, produire
en France plutôt que d'importer.
Le plan, présenté lors
d'un conseil des ministres délocalisé, s'inscrit dans la continuité de France
2030 et des lois ASAP et Industrie verte. E. Macron l'a baptisé avec une
formule qui claque : les « cathédrales industrielles de l'indépendance
française ». Derrière la rhétorique, il y a un constat sévère : la guerre en
Ukraine, la crise des semi-conducteurs et la dépendance aux matières premières
ont mis à nu les fragilités de l'économie française. Il était temps de
répondre…
C'est la référence
centrale du dispositif, et elle est assumée. Notre-Dame de Paris, dévastée par
l'incendie de 2019, a été livrée en 2024 (cinq ans), record absolu pour un
chantier de cette ampleur. Comment ? Une chaîne de commandement claire, un
projet unique identifié, des délais tenus avec une responsabilité sans faille.
Le président Macron veut
reproduire cette logique pour les grandes usines. Il dénonce ce qu'il appelle
l'« à-quoi-bonisme » : des projets bloqués pendant 5, 6, 7 ans par des recours
croisés et des procédures administratives empilées. Résultat, avant ce plan, un
permis industriel prenait en moyenne 17 à 18 mois rien que pour la phase
administrative.
Le décret du 22 avril
2026 acte plusieurs changements concrets :
Suppression d'un échelon
juridictionnel : les recours passent directement du tribunal administratif à la
cour d'appel, économisant jusqu'à un an de procédure.
Parallélisation des
études environnementales, sans en abaisser les standards.
Division par deux des
délais via la loi simplification de la vie économique, ramenés à 8-9 mois
Libération de 22 000
hectares de foncier d'ici 2030 via le programme « France Foncier+ » et les
zones d'accélération industrielle.
Les chiffres méritent
d'être posés clairement :
[...] Projets industriels
identifiés : 150
Projets hydrauliques /
agricoles : 400
Investissements cumulés :
71 milliards €
Emplois créés ou
consolidés : 32 000
Départements concernés :
63 sur 101
Part portée par des
PME/ETI : 50 %
Ces investissements sont
majoritairement privés ; l'État joue ici un rôle de déblocage et de garantie,
pas de financeur principal. Et la diversité des porteurs de projets est notable
: une usine sur deux sera pilotée par une PME ou une ETI, pas par un grand
groupe coté.
Parmi les projets déjà
nommés : la mine de lithium d'Imerys (Allier), qui vise 34 000 tonnes
d'hydroxyde de lithium par an d'ici 2030, soit 700 000 batteries et 50 % des
besoins français couverts. Mais aussi l'extension de KNDS (munitions de
défense), Verso Energy (biocarburants, Hauts-de-France) ou encore MBDA dans le
secteur aéronautique en Centre-Val de Loire.
Et la Nouvelle-Aquitaine
dans tout ça ?
C'est la question qui
intéresse directement la région. Au 23 avril 2026, aucune liste exhaustive des
150 projets n'est rendue publique et les annonces se sont concentrées sur
l'Allier et la Lorraine lors du conseil des ministres. Mais la Nouvelle-Aquitaine
est explicitement dans le périmètre du plan, via les annonces relayées par Sud
Ouest.
Ce qu'on peut anticiper,
en croisant ce plan avec les dynamiques régionales déjà engagées sous France
2030 :
Des projets liés à
l'éolien offshore et aux énergies renouvelables sur le littoral atlantique.
Des initiatives dans
l'agroalimentaire et l'irrigation agricole (le volet hydraulique du plan
prévoit un fonds triplé à 60 millions d'euros pour 400 projets de ce type, dont
les fameuses bassines).
Des opportunités pour les
PME industrielles locales, notamment dans les filières éco-compatibles et la
logistique.
Le suivi concret passera
par les préfets de région et le Conseil régional, c'est à cette échelle que les
projets seront officialisés dans les prochains mois.
Le cadre est posé, les
chiffres sont impressionnants, la méthode est empruntée à une réussite réelle.
Mais les précédents plans de réindustrialisation français ont souvent buté sur
l'exécution. Ce qui change cette fois, c'est peut-être l'urgence géopolitique
perçue et la volonté affichée de mesurer les résultats projet par projet,
préfet par préfet. Les 150 « cathédrales » devront sortir de terre et le compte
à rebours a commencé…"
-Adrien Conges, "Notre-Dame en 5 ans seulement :la France veut utiliser la même méthode « record » pour reconstruire son industrie entière", Aquitaine online, 23 avril 2026.


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